Underground : les ratés cultes
Je vais vous parler aujourd’hui des petits ratés qui ont donné une toute autre dimension à une chanson, et qui quelque part on participé au fait qu’elles deviennent de grands tubes.
Lorsqu’on évoque une chanson culte, pourtant, on les imagine plutôt comme des œuvres parfaitement maîtrisées, avec des musiciens au millimètre, des ingénieurs du son aux oreilles bioniques et des producteurs capables de détecter une fausse note à 300 mètres, perfectionnant chaque mesure et ne laissant passer aucun soupir.
C’est là l’erreur, car derrière certains des morceaux les plus célèbres de l’histoire se cachent des fausses notes, des paroles oubliées, des instruments maltraités, des jurons et même des accidents techniques. Et le plus amusant, c’est que personne n’a jugé utile de les enlever.
Présentation des "oups" devenus patrimoine musical.
1. Hey Jude : les Beatles jurent comme des charretiers
Commençons avec les Beatles, parce qu’il faut bien commencer par les gens qui ont donné au monde la définition même de "chanson culte" et puis bon, ce sont les Beatles, et comme je ne suis pas très objective avec eux, je les ai mis en number one.
Figurez-vous que dans "Hey Jude", vers 2 min 58, on peut entendre très discrètement un juron en arrière-plan. L’anecdote est d’autant plus savoureuse que les versions divergent sur son origine : Paul McCartney aurait pu le lâcher après avoir raté un accord de piano, tandis qu’une autre version attribue le juron à John Lennon. Autrement dit, même les Beatles ne sont pas totalement d’accord sur qui a dit ce gros mot, mais personne n’a non plus jugé nécessaire de refaire la prise. Et voilà comment un discret "merde" (ou son équivalent britannique) s’est retrouvé à jamais caché dans l’un des hymnes les plus célèbres de la pop.
Moralité : quand vous ratez une note, ne paniquez pas, il y a peut-être une chance que votre juron devienne légendaire.
2. Roxanne : Sting s’assoit sur le piano
On peut aisément imaginer que le début de Roxanne aurait dû être plus élégant.
On entend en effet un accord de piano totalement inattendu, accompagné d’un rire. La légende veut que Sting ait malencontreusement déclenché le piano en s’asseyant dessus — dans certaines versions de l’histoire, il aurait même essayé de masquer un bruit corporel particulièrement peu glamour.
Quoi qu’il en soit, l’accident est resté sur l’enregistrement, et c’est assez rigolo, car pendant que la plupart des chanteurs cherchent à donner une image mystérieuse et sexy, Sting nous rappelle qu’au studio, il existe toujours un risque de se battre avec le mobilier.
3. Creep : Jonny Greenwood essaie de saboter la chanson
L’histoire de Creep de Radiohead est ma préférée ! Au moment où le morceau passe du calme au refrain, le guitariste Jonny Greenwood n’était pas particulièrement emballé par la douceur de l’arrangement. Pendant une prise, il décide en quelque sorte de faire ce que tout musicien rêve parfois de faire en répétition : mettre un énorme coup de guitare pour tout casser. Il aurait pu se faire engueuler, mais pas du tout, ça a fonctionné et le bruit agressif de guitare devient précisément l’un des éléments les plus reconnaissables du morceau, donnant finalement une puissance incroyable au morceau.
Imaginez la réunion de production :
— Jonny, pourquoi tu as massacré le passage ?
— Parce que je trouvais ça nul.
— Parfait. On garde.
Moralité : parfois, pour améliorer une chanson, il faut commencer par essayer de la détruire.
4. Gimme Shelter : quand la voix craque et devient monumentale
Sur Gimme Shelter des Rolling Stones, la chanteuse Merry Clayton livre une prestation vocale absolument phénoménale. À un moment, sa voix craque sous l’intensité de l’interprétation. Ce n’est pas une petite imperfection gentille et mignonne, mais plutôt un dérapage vocal, et c’est précisément ce qui rend le passage mémorable.
Le plus beau dans l’histoire, c’est que Mick Jagger réagit immédiatement après, comme s’il venait lui-même d’assister à quelque chose d’exceptionnel. La cassure vocale et la réaction qui suit sont restées dans la version finale, mais je le comprends tout à fait puisque je suis moi-même assez fan des voix un peu cassées.
Moralité : si votre voix tremble pendant une présentation, dites simplement que c’est une interprétation émotionnelle.
5. Ain’t No Sunshine : Bill Withers oublie les paroles
Bill Withers avait un problème tout à fait banal lors de l’enregistrement de Ain’t No Sunshine : il avait oublié la suite des paroles. Normalement, dans ce genre de situation, on arrête l’enregistrement et on recommence, mais lui, il choisit une autre stratégie et répète "I know" encore et encore, le temps de retrouver la suite.
Et voilà que ce qui n’était au départ qu’une roue de secours devient l’un des passages les plus célèbres de la chanson, et ça, c’est probablement la technique la plus utile de toute cette liste.
— Vous avez oublié ce que vous étiez en train de dire ?
— Je sais, je sais, je sais…
Vous avez oublié pourquoi vous êtes entré dans une pièce ?
— Je sais, je sais, je sais…
Vous avez oublié le mot de passe de votre ordinateur ?
Bon. Là, ça ne suffira probablement pas, mais c’est mieux que Carotte123.
À tenter aussi devant un jury d’examen !
Alors, faut-il vraiment corriger toutes les erreurs que l’on peut faire ?
