Underground : Quand The Doors rencontrent Albinoni… ou presque
Certaines musiques semblent venir d’un autre temps. Elles flottent quelque part entre le passé, la poésie et une étrange mélancolie. C’est exactement l’effet produit par The Severed Garden, ce morceau où la voix grave de Jim Morrison déclame un texte presque comme une incantation.
Le morceau apparaît sur l’album An American Prayer, publié après la mort du chanteur par les membres restants de The Doors. La musique vient accompagner un enregistrement de poésie réalisé par Morrison quelques années plus tôt.
Mais derrière cette atmosphère solennelle se cache une autre histoire musicale.
La musique que l’on entend est basée sur l’Adagio in G minor, longtemps attribué au compositeur baroque Tomaso Albinoni (1671 – 1751). Pendant des années, tout le monde a cru écouter une œuvre du XVIIIᵉ siècle. En réalité, l’Adagio n’a jamais été écrit par Albinoni.
La pièce a été composée au XXᵉ siècle par Remo Giazotto, musicologue passionné par l’œuvre d’Albinoni. Dans les années 1950, Giazotto affirme avoir reconstruit cette musique à partir d’un fragment retrouvé dans les ruines d’une bibliothèque de Dresde après la guerre.
Le problème, c’est que ce fragment n’a jamais été montré.
Résultat : pour beaucoup de musicologues aujourd’hui, l’Adagio est tout simplement une création originale de Giazotto… écrite dans le style baroque.
Un faux ancien, en quelque sorte. Mais un faux absolument sublime.
Et c’est peut-être ce qui rend la rencontre avec la poésie de Morrison si naturelle : une musique du XXᵉ siècle qui ressemble à un écho du passé, accompagnant les mots d’un poète qui semblait lui-même parfois venir d’un autre monde.
Au final, peu importe l’origine exacte, parce qu’à l’écoute, l’émotion est bien réelle.
