Accompagner les tout-petits : ces émotions que nous vivons aussi, en tant que professionnels

Un article de Fantomas-2
Publié le 20/10/2026
Dans la section #Psychologie
Article public d'intéret général
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Prendre soin d’un tout-petit, c’est bien plus que l’accompagner dans les gestes du quotidien. C’est aussi accepter d’être touché, parfois bouleversé, par ce qui se joue dans la relation.

Je travaille en crèche et chaque jour, nous accueillons des enfants avec leur histoire, leurs besoins, leurs émotions et leur manière bien à eux de découvrir le monde. Nous les accompagnons dans leurs premiers pas vers l’autonomie, leurs découvertes, leurs frustrations, leurs séparations et leurs retrouvailles. Nous sommes présents lorsqu’ils rient, lorsqu’ils pleurent, lorsqu’ils cherchent nos bras ou lorsqu’ils semblent repousser notre présence.

Mais derrière notre posture professionnelle, derrière les gestes que nous répétons chaque jour avec attention, il y a aussi des femmes et des hommes qui ressentent, qui s’interrogent, qui doutent parfois et qui s’attachent. Je crois que l’on ne peut pas parler de l’accompagnement du jeune enfant sans parler de ce que cela vient éveiller en nous.

Il y a des journées où tout semble fluide. Un regard échangé, un sourire inattendu, un enfant qui vient spontanément poser sa tête contre nous, un petit qui ose enfin explorer la pièce après plusieurs jours d’observation. Ces moments peuvent sembler ordinaires aux yeux de certains, mais ils prennent une place particulière dans notre quotidien. Ils nous rappellent que notre présence compte, que la confiance se construit doucement et que les petites évolutions ont parfois une immense valeur.

Et puis, il y a les autres journées. Celles où les pleurs s’enchaînent, où plusieurs enfants ont besoin de nous en même temps, où nous avons le sentiment de ne jamais pouvoir être suffisamment disponibles. Celles où nous ressentons de la fatigue, de l’agacement ou de l’impuissance, alors même que nous souhaitons offrir le meilleur de nous-mêmes.

Ces émotions ne sont pas toujours faciles à reconnaître. Dans un métier où l’on attend de nous de la patience, de la douceur et de la disponibilité, il peut être difficile d’admettre que nous sommes parfois à bout de ressources. Pourtant, ressentir de la fatigue ne signifie pas manquer de bienveillance. Éprouver de l’agacement ne signifie pas ne pas aimer son métier. Et se sentir impuissant face aux pleurs d’un enfant ne signifie pas être un mauvais professionnel. Cela signifie simplement que nous sommes humains.

Il arrive qu’un enfant pleure longtemps dans nos bras sans parvenir à s’apaiser. Nous essayons de le rassurer, de lui parler doucement, de lui proposer notre présence. Pourtant, rien ne semble fonctionner. À cet instant, quelque chose peut se jouer en nous. Nous pouvons nous sentir démunis, nous demander ce que nous ne comprenons pas ou chercher désespérément ce qui pourrait soulager cet enfant.

Parfois, nous aimerions tellement faire disparaître sa tristesse que nous en oublions qu’il a peut-être simplement besoin de la traverser, accompagné de notre présence. Cette prise de conscience n’est pas toujours simple. Elle demande d’accepter de ne pas tout maîtriser, de ne pas avoir réponse à tout et de reconnaître que la relation humaine ne se contrôle pas entièrement.

Pourquoi certains comportements nous touchent-ils davantage que d’autres ? Pourquoi sommes-nous parfois plus patients avec un enfant qu’avec un autre ? Pourquoi certaines situations provoquent-elles chez nous une émotion plus intense que nous ne l’aurions imaginé ?

Ces questions méritent d’être posées sans jugement.

Un enfant qui refuse notre aide peut éveiller en nous un sentiment de rejet. Des cris répétés peuvent réveiller une tension que nous avons du mal à contenir. Une séparation difficile peut nous renvoyer à notre propre sensibilité face à la tristesse.

Nos réactions ne viennent pas uniquement de la situation présente. Elles peuvent aussi être influencées par notre fatigue, notre vécu, nos représentations de l’éducation et notre besoin de bien faire. Prendre conscience de cela, c’est apprendre à faire la différence entre ce que l’enfant exprime et ce que nous ressentons.

Un enfant ne nous met pas nécessairement en difficulté volontairement. Il exprime ce qu’il est capable d’exprimer, avec les moyens dont il dispose à son âge. À nous, adultes, d’essayer de comprendre ce qui se joue, sans prendre chaque réaction personnellement. Cette réflexion me semble essentielle : elle nous permet de regarder l’enfant autrement, mais aussi de nous regarder nous-mêmes avec davantage de douceur.

Cela fait 18 ans que je travaille dans la petite enfance et on pourrait parfois croire qu’avec l’expérience, les émotions deviennent plus faciles à gérer, que l’on apprend à prendre du recul et que les situations finissent par moins nous atteindre. L’expérience apporte effectivement des repères. Elle nous aide à mieux comprendre le développement de l’enfant, à anticiper certaines situations et à ajuster nos réponses, mais elle ne nous rend pas insensibles.

Nous pouvons toujours être touchés par un enfant qui cherche désespérément son parent, par un tout-petit qui semble avoir besoin de réassurance ou par une famille qui traverse une période difficile.

Pour cela, il est important de pouvoir déposer ce que nous vivons. Nous pouvons parfois terminer une journée avec le sentiment d’avoir beaucoup donné, sans avoir eu le temps de réfléchir à ce que nous avons vécu. Certaines situations restent en nous, parfois quelques minutes, parfois plus longtemps. C’est pourquoi les échanges entre collègues me paraissent si précieux. Pouvoir dire qu’une situation nous a mis en difficulté, reconnaître que nous avons été dépassés ou simplement raconter un moment qui nous a touchés permet de prendre du recul. Le regard d’un collègue peut nous aider à comprendre autrement une situation. Une parole bienveillante peut alléger un sentiment de culpabilité. Un relais au bon moment peut éviter que la fatigue ne prenne toute la place.

Il est important que les équipes puissent disposer d’espaces où la parole est possible, sans crainte d’être jugé. L’analyse des pratiques professionnelles, lorsqu’elle est organisée dans un cadre sécurisant, permet notamment de réfléchir collectivement à ces situations.

Je crois profondément que la qualité de l’accueil du jeune enfant repose aussi sur la capacité des professionnels à reconnaître leur propre humanité. Nous ne pouvons pas être disponibles de la même manière à chaque instant. Nous ne pouvons pas toujours apaiser toutes les émotions, répondre immédiatement à chaque besoin ou trouver la bonne réponse du premier coup.

Mais nous pouvons observer, écouter, nous questionner, reconnaître nos erreurs et chercher ensemble comment faire autrement.

Nous pouvons accepter d’être touchés par ce que nous vivons sans perdre notre posture professionnelle. Nous pouvons reconnaître nos limites sans renoncer à notre engagement. Et nous pouvons nous rappeler que la bienveillance que nous cherchons à offrir aux enfants mérite également d’exister entre adultes et envers nous-mêmes.

Accompagner un tout-petit, c’est accueillir ses émotions sans lui demander de les faire taire. C’est aussi apprendre à reconnaître les nôtres, pour ne pas les laisser prendre toute la place dans la relation. Au fond, prendre soin des tout-petits, c’est leur offrir une présence suffisamment sécurisante pour qu’ils puissent grandir. Et prendre soin des professionnels, c’est leur permettre de continuer à offrir cette présence, sans s’épuiser à vouloir être toujours forts, toujours patients et toujours disponibles. Parce que derrière chaque professionnel de la petite enfance, il y a une personne qui ressent, qui apprend et qui cherche, chaque jour, à faire de son mieux.

Et c’est peut-être aussi cela, la richesse de ce métier : grandir professionnellement au contact des enfants, tout en apprenant à mieux comprendre l’humain, chez eux comme en nous.

6 commentaires
Un espion
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Le service chromatique vous rappelle que faire taire une alarme n'est pas la même chose que résoudre l'incendie.

Une formation complémentaire sur le sujet sera proposée aux adultes qui crient “ARRÊTE DE CRIER !” à un enfant en pleurs.

Les inscriptions sont ouvertes. Les places sont limitées. Les candidats seront convoqués individuellement pour une évaluation de leur propre gestion émotionnelle.
Un témoin
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Dans le meme etat d esprit, une gifle n a jamais calmer un enfant en colere ou en pleur.

Mettre un genoux a terre, afin que nos regards sois au meme niveau et lui parler calmement, en lui laissant le temps de s exprimer.
C est l une, voir la meilleure solution.
Un espion
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Article très intéressant ! :)

Quand je vois à quel point il peut être complexe de gérer ses propres enfants, alors qu'on en un ou deux, ça me paraitrait insurmontable de travailler dans la petite enfance.

Après, clairement, chercher à comprendre les émotions et la gestion des émotions d'un enfant, c'est quelque chose qui fait grandir un adulte...


Et je plussoie DarkDjam : la gifle ou autre, c'est souvent juste un adulte qui exprime sa frustration de ne pas savoir gérer la situation ; ça inculque la crainte, bref... C'est nul !
Un égaré
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Les méthodes d'éducation positive s'appliquent assez bien aux adultes en fait...

J'ai testé 🫣
LeDétective
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Je ne l'ai pas abordé là mais il y a aussi l'émotion du parent qui peut aussi jouer sur les émotions du tout-petit.
Un témoin
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C’est intéressant car inhérent à tout ce qui touche à l’humain comme par exemple dans mon domaine. Être un bon professionnel ne signifie pas être toujours patient, toujours disponible ou toujours fort, mais être capable de se remettre en question, de reconnaître ses émotions et de continuer à apprendre… des autres et de soi-même
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