đ©·Octobre Rose - Les mots doux ont-ils un bouton "Mode Doux"
Une petite étude lexicale de la Citoyenne Chromatique.
Citoyens !
Dans le cadre de mes recherches sur les nuances de rose, je me suis intéressée à un phénomÚne linguistique particuliÚrement curieux : notre formidable capacité à rendre les choses moins terribles en changeant simplement les mots qui les désignent.
On ne dit pas toujours quâon a peur. On est un peu inquiet.
On ne dit pas quâon va mal. On traverse une pĂ©riode compliquĂ©e.
On ne dit pas quâon souffre. On a quelques petits dĂ©sagrĂ©ments.
Et le cancer ? Il devient parfois une mauvaise nouvelle, une épreuve, voire un combat.
Câest remarquable ! Le malheur est toujours lĂ , mais il a enfilĂ© une tenue plus convenable pour recevoir de la visite.
đ LE PETIT LEXIQUE DES GRANDES ATTĂNUATIONS
â « Ce nâest rien » : formulation gĂ©nĂ©ralement prononcĂ©e par une personne qui ne souffre pas.
â « Il faut rester positif » : injonction dont lâefficacitĂ© sur les cellules malades reste Ă dĂ©montrer.
â « Tout va bien se passer » : prĂ©diction rassurante, souvent Ă©mise sans accĂšs au dossier mĂ©dical.
â « Câest un battant » : compliment qui peut involontairement transformer la maladie en compĂ©tition et la fatigue en faute personnelle.
â « Au moins⊠» : dĂ©but de phrase annonçant gĂ©nĂ©ralement une tentative de trouver un avantage Ă une situation qui nâen demandait pas tant.
Bien entendu, les mots doux peuvent aider. Lâhumour aussi. Les mĂ©taphores peuvent donner du courage, et certaines personnes trouvent une vraie force dans lâidĂ©e de se battre.
Mais il existe une différence entre choisir ses propres mots pour traverser une épreuve et recevoir ceux des autres comme une consigne supplémentaire.
Car tout le monde nâa pas envie dâĂȘtre courageux. Tout le monde nâa pas envie de se battre. Et personne ne devrait avoir Ă rassurer son entourage pendant quâil essaie simplement de tenir debout.
Un malheur nâa pas besoin dâĂȘtre joliment formulĂ© pour ĂȘtre entendu.
Alors, Ă lâoccasion dâOctobre Rose, je vous propose une petite expĂ©rience : observons les mots que nous employons face Ă la maladie, Ă la douleur ou au chagrin.
Lesquels rĂ©confortent vraiment ? Lesquels nous permettent surtout de ne pas savoir quoi rĂ©pondre ? Et lesquels, sous leurs airs bienveillants, finissent par interdire Ă quelquâun de dire que ça va mal ?
Vous pouvez partager une expression qui vous a aidĂ©, une autre qui vous a agacĂ©, ou simplement un mot que vous aimeriez quâon cesse dâutiliser Ă votre place.
Pas besoin de trouver la formule parfaite. Pas besoin de terminer sur une note positive. Pas besoin non plus de raconter ce que vous préférez garder pour vous.
La Citoyenne Chromatique referme son carnet.
AprĂšs vĂ©rification auprĂšs du DĂ©partement de Psychologie Chromatique, il semblerait quâaucun mot ne permette de supprimer un malheur par simple substitution lexicale.
Le Département étudie néanmoins la possibilité de remplacer « souffrance » par « inconfort prolongé ».
Les premiers résultats sont sans appel : le formulaire est plus agréable à lire.
Ce que je trouve le pire c'est quand c'est Ă moi de rassurer mon entourage sur ce qu'il m'arrive , comme si, si je disais "ça ne va pas" ils allaient sâeffondrer...
Je me retrouve Ă dire des trucs comme "t'inquiĂštes je vais bien".
