đ„ Le Garçon qui pleure : lâĂ©trange histoire du tableau qui refusait de brĂ»ler
Il existe des Ćuvres que lâon accroche au mur parce quâon les trouve belles. Dâautres parce quâelles nous rappellent quelque chose.
Et puis, apparemment, il existe celles quâon prĂ©fĂ©rerait dĂ©crocher⊠avant que la maison ne brĂ»le.

Dans les annĂ©es 1980, une Ă©trange rumeur sâest rĂ©pandue au Royaume-Uni autour dâun portrait reprĂ©sentant un enfant en pleurs. Plusieurs maisons auraient Ă©tĂ© ravagĂ©es par les flammes avec, au milieu des dĂ©gĂąts, un Ă©lĂ©ment Ă©tonnamment Ă©pargnĂ© :
le portrait du garçon.
Simple coïncidence ? Particularité de fabrication ? Ou ce gamin avait-il réellement quelque chose contre les décorations intérieures britanniques ?
Bienvenue dans lâhistoire du Crying Boy, le « Garçon qui pleure ».
đŠ Un tableau⊠qui nâest pas vraiment un tableau unique
DerriÚre cette histoire se trouve Bruno Amadio, peintre italien né en 1911 et mort en 1981, surtout connu sous le pseudonyme de Giovanni Bragolin.
Dans lâaprĂšs-guerre, il rĂ©alise de nombreux portraits dâenfants en pleurs ou affichant une profonde tristesse. Plusieurs dizaines de peintures de ce type lui sont attribuĂ©es et leurs reproductions vont ĂȘtre vendues Ă grande Ă©chelle.
Il nâexiste donc pas un seul et unique Garçon qui pleure.
Il sâagit plutĂŽt dâune sĂ©rie de portraits, reprĂ©sentant diffĂ©rents garçons et filles, dont certaines reproductions vont connaĂźtre un immense succĂšs populaire.
Et pendant longtemps, rien de particuliĂšrement surnaturel.
Jusquâen 1985.
đ„ Une maison brĂ»le⊠mais le garçon reste
En septembre 1985, le tabloĂŻd britannique The Sun publie une histoire qui va tout changer.
Une maison du South Yorkshire a été ravagée par un incendie. Pourtant, une reproduction du Crying Boy qui se trouvait dans la maison aurait survécu au sinistre.
Plus troublant encore : un pompier affirme avoir dĂ©jĂ remarquĂ© ce type de portrait intact aprĂšs dâautres incendies. Lâintervention dâun pompier dans le rĂ©cit contribue fortement Ă donner de la crĂ©dibilitĂ© Ă une histoire qui, autrement, aurait probablement ressemblĂ© Ă une simple anecdote.
Lâhistoire aurait pu sâarrĂȘter lĂ .
Ăvidemment, elle ne sâest pas arrĂȘtĂ©e lĂ .
đ « Ce tableau est maudit ! »
AprĂšs la publication de lâarticle, dâautres tĂ©moignages commencent Ă apparaĂźtre.
Des familles racontent avoir elles aussi subi des incendies alors quâelles possĂ©daient une reproduction du garçon.
Et toujours cette mĂȘme particularitĂ© :
le tableau aurait survécu aux flammes.
Une personne aurait mĂȘme affirmĂ© avoir tentĂ© de brĂ»ler volontairement lâune des reproductions sans y parvenir.
Ă partir de lĂ , tous les ingrĂ©dients dâune excellente lĂ©gende urbaine sont rĂ©unis.
Un enfant qui pleure.
Des maisons qui brûlent.
Un tableau apparemment indestructible.
Et surtout⊠beaucoup de gens qui possĂšdent exactement la mĂȘme reproduction.
Car on estime que des dizaines de milliers dâexemplaires avaient Ă©tĂ© vendus au Royaume-Uni.
Plus les témoignages apparaissent, plus la réputation du tableau grandit.
Et plus sa réputation grandit⊠plus les propriétaires commencent à regarder bizarrement le petit garçon accroché dans leur salon.
đ„ La solution ? BrĂ»lons-les !
La panique devient suffisamment importante pour que The Sun dĂ©cide de pousser lâhistoire encore plus loin.
Le journal invite ses lecteurs Ă lui envoyer leurs reproductions du Crying Boy afin de sâen dĂ©barrasser.
Fin 1985, un gigantesque feu est organisé pour brûler les tableaux envoyés par les lecteurs.
La situation est assez extraordinaire.
Des milliers de personnes avaient acheté quelques années auparavant une décoration parfaitement banale.
Puis un article de journal, quelques incendies et plusieurs tĂ©moignages plus tardâŠ
certains ne voulaient plus du tout garder le gamin chez eux.
Mais comme souvent avec les lĂ©gendes urbaines, lâhistoire va encore sâenrichir.
đż Le mystĂ©rieux enfant nommĂ© « Diablo »
Avec le temps apparaĂźt une histoire beaucoup plus sombre concernant lâidentitĂ© du garçon.
Selon certaines versions de la lĂ©gende, lâenfant aurait Ă©tĂ© un orphelin espagnol nommĂ© Don Bonillo, surnommĂ© Diablo.
Ses parents seraient morts dans un incendie.
Et, plus inquiĂ©tant encore, des incendies se seraient ensuite produits partout oĂč lâenfant passait.
Le peintre aurait malgré tout décidé de réaliser son portrait malgré les avertissements.
Plus tard, son atelier aurait lui aussi brûlé.
Puis lâenfant serait mort dans un accident de voiture au cours duquel le vĂ©hicule aurait pris feu.
Une histoire parfaite pour expliquer la malédiction.
Il y a juste un petit problĂšme.
On ne dispose pas de preuves solides démontrant que ce fameux Don Bonillo ait réellement existé.
Les recherches menĂ©es sur les origines de la lĂ©gende nâont notamment pas permis de confirmer cette histoire. Elle semble avoir Ă©tĂ© ajoutĂ©e progressivement au folklore entourant les tableaux.
Et quand une histoire est rĂ©pĂ©tĂ©e suffisamment longtempsâŠ
la légende finit parfois par devenir plus célÚbre que la réalité.
đ§Ș Et si le tableau refusait rĂ©ellement de brĂ»ler ?
Câest probablement la partie que je prĂ©fĂšre dans cette histoire.
Parce que les tĂ©moignages concernant des reproductions ayant rĂ©sistĂ© aux incendies ne nĂ©cessitent pas forcĂ©ment une malĂ©diction pour ĂȘtre expliquĂ©s.
Des investigations ont apporté une explication beaucoup plus terre à terre.
Certaines reproductions étaient réalisées sur un panneau de fibres haute densité particuliÚrement difficile à enflammer et protégées par un vernis résistant au feu.
Il existe également une autre particularité intéressante.
Lors dâun incendie, la cordelette permettant de suspendre le tableau pouvait brĂ»ler rapidement.
Le tableau tombait alors au solâŠ
face contre terre.
Cette position pouvait contribuer Ă le protĂ©ger davantage des flammes et de la chaleur. Des essais rĂ©alisĂ©s dans le cadre dâune enquĂȘte de Steve Punt pour la BBC ont confortĂ© cette explication matĂ©rielle.
BrefâŠ
Ce nâĂ©tait peut-ĂȘtre pas le garçon qui Ă©tait immortel.
CâĂ©tait peut-ĂȘtre simplement son support qui Ă©tait vachement bien foutu. đ
đ€ Mais pourquoi avons-nous envie dây croire ?
Câest finalement ce qui rend cette histoire intĂ©ressante.
Imaginez que 50 000 personnes possĂšdent le mĂȘme tableau.
Certaines de ces maisons vont statistiquement connaĂźtre un incendie.
Et si le matériau du tableau résiste particuliÚrement bien au feu, plusieurs propriétaires peuvent effectivement le retrouver parmi les décombres.
Ă partir du moment oĂč un journal Ă©tablit un lien entre ces Ă©vĂ©nements, nous commençons Ă chercher dâautres cas similaires.
Chaque nouvel incendie devient une confirmation.
Les milliers de maisons possĂ©dant le mĂȘme tableau et qui ne brĂ»lent jamais nâintĂ©ressent Ă©videmment personne.
Parce que :
> « Une maison possĂšde un tableau depuis quinze ans et absolument rien ne sâest passĂ© »
âŠfait quand mĂȘme beaucoup moins vendre de journaux. đ
đŒïž Alors⊠vous lâaccrochez chez vous ?
Aujourdâhui, The Crying Boy reste lâune de ces belles histoires oĂč se mĂ©langent art populaire, faits divers, presse Ă sensation et lĂ©gende urbaine.
Il existe une explication rationnelle plutÎt convaincante à la résistance de certaines reproductions.
Lâhistoire de lâenfant maudit semble, elle, relever largement du folklore.
Donc rationnellementâŠ
il nây a aucune raison particuliĂšre dâavoir peur de ce tableau.
Mais soyons sérieux deux minutes.
Si demain vous trouvez cette reproduction dans une brocante pour 5 âŹ, que le vendeur vous regarde droit dans les yeux et vous dit :
« Depuis que je lâai, il ne mâest arrivĂ© que des malheurs⊠»
Vous lâachetez ? đ
đŹ Et vous ?
Simple lĂ©gende urbaine alimentĂ©e par la presse ou pensez-vous quâil puisse rester quelque chose dâinexpliquĂ© derriĂšre cette histoire ?
Et surtout :
đ„ oseriez-vous accrocher Le Garçon qui pleure dans votre salon ?
