📸 À qui appartient une photographie : à celui qui appuie sur le déclencheur… ou à celui qui est photographié ?
Une personne ?
Un photographe ?
Un appareil ?
Un déclenchement ?
Quelques fractions de seconde plus tard, une photographie existe.
Mais à qui appartient-elle réellement ?
Au photographe qui a choisi le cadrage, la lumière, les réglages et le moment du déclenchement ?
Ou à la personne photographiée, puisque sans elle cette image n’aurait peut-être aucun intérêt ?
La question paraît simple. Pourtant, elle mélange rapidement création, droit d’auteur, droit à l’image… et respect de la personne photographiée.
Sans le photographe, cette photographie n’existerait pas
Sur ce point, mon avis est assez clair.
Lorsque je réalise une photographie, c’est moi qui choisis de déclencher.
J’ai choisi mon appareil, mes réglages, ma focale, mon cadrage, ma composition et le moment.
Sans mon intervention, cette photographie précise n’existerait pas.
La personne devant l’objectif peut évidemment y contribuer énormément.
Elle peut même être l’élément qui donne tout son sens à l’image.
Un regard, une attitude ou simplement une personne placée au bon endroit peut transformer complètement une scène.
Mais elle contribue Ă la photographie.
Elle ne remplace pas le travail du photographe.
Pourtant, être l’auteur ne donne pas tous les droits
C’est là qu’il faut distinguer deux choses.
En Belgique, une photographie originale peut être protégée par le droit d’auteur ; cette protection naît automatiquement avec la création, sans devoir accomplir de formalité.
L’auteur dispose notamment de droits concernant la reproduction et la communication publique de son œuvre. Economie
Mais la personne photographiée possède, elle aussi, des droits.
Le droit à l’image protège notamment une personne identifiable. Le SPF Économie rappelle qu’en principe une autorisation est nécessaire pour fixer et pour publier son image, même si le droit belge prévoit des nuances et exceptions selon les circonstances. L’accord pour être photographié ne signifie d’ailleurs pas automatiquement que l’on accepte toutes les utilisations futures de la photographie. Economie
On arrive donc à une situation intéressante :
le photographe peut être l’auteur de la photographie sans pour autant pouvoir faire absolument tout ce qu’il veut de l’image de la personne représentée.
Et inversement, être la personne photographiée ne signifie pas automatiquement devenir l’auteur de la photographie.
Et dans la rue ?
C’est probablement là que la question devient la plus intéressante. Lorsque je photographie dans la rue, je réalise généralement des plans relativement larges.
Les passants se fondent dans la scène.
Ils ne constituent pas nécessairement le sujet principal, mais leur présence peut apporter quelque chose : une échelle, une ambiance, un mouvement ou une histoire.
Et parfois, sans cette personne qui passe exactement Ă cet endroit, la photographie fonctionnerait beaucoup moins bien.
Mais cela ouvre immédiatement un autre débat :
==> Dans l’espace public, peut-on photographier tout le monde ?
La réponse juridique n’est pas simplement « oui, parce qu’on est dans la rue ».
En Belgique, il faut notamment tenir compte du caractère identifiable ou ciblé de la personne, du contexte et de l’utilisation qui sera faite de l’image ; il existe aussi des exceptions et des situations où le consentement peut être implicite. Economie
Et au-delĂ du droit, il reste le bon sens.
Si une personne me demandait de ne pas apparaître sur une photographie, je pense qu’il faudrait aussi entendre sa demande.
Toutes les photographies ne se ressemblent pas
Je fais également une vraie différence entre une photographie de rue, un shooting avec un modèle et un mariage.
La photographie de rue peut être réfléchie et préparée : on choisit un endroit, une lumière, un cadrage et parfois on attend que quelque chose se produise.
Mais il reste une part importante d’instantané.
Un modèle, c’est différent. On travaille ensemble pour construire une image. On choisit des poses, une ambiance, un lieu. La personne photographiée participe beaucoup plus directement à la création.
Et un mariage est encore autre chose. Il s’agit d’une commande, avec des attentes et une relation particulière entre le photographe et les personnes photographiées.
Mettre toutes ces situations dans le même panier n’aurait donc pas beaucoup de sens.
« C’est moi sur la photo, donc je peux l’utiliser »
Voilà une situation que j’ai déjà rencontrée lorsque je faisais davantage de photographie avec des modèles. Je réalise la photographie. Je la travaille. Puis je découvre qu’elle a été reprise et publiée sans mentionner le photographe. Parfois même sans signature. L’argument pourrait sembler logique : « Après tout, c’est moi sur la photo. » Oui. Mais ce n’est pas toi qui as réalisé la photographie.
De la même manière que le photographe doit respecter la personne qu’il photographie, je pense que la personne photographiée doit aussi respecter le travail du photographe. Dans ces situations, j’envoyais simplement un message pour demander que mon travail soit crédité.
Et généralement, cela se réglait très bien.
Heureusement, ce genre de situation restait assez rare.
D’un point de vue juridique également, apparaître sur une photographie ne transfère pas automatiquement le droit d’auteur sur celle-ci : l’utilisation d’une œuvre protégée reste en principe soumise aux droits de son auteur, sauf autorisation, cession ou exception applicable.
Peut-être que personne ne possède vraiment « tout »
Finalement, poser la question « À qui appartient la photo ? » est peut-être trop simple.
Le photographe possède son travail créatif.
La personne photographiée conserve des droits concernant son image.
Et entre les deux se trouve quelque chose qui ne s’écrit pas forcément dans un texte de loi : le respect mutuel.
Parce qu’une excellente photographie peut parfois naître précisément de cette rencontre.
Le photographe apporte son regard.
La personne apporte sa présence.
Et l’image naît de la rencontre des deux.
đź’¬ Et vous ?
Si quelqu’un vous photographie dans la rue et réalise une image exceptionnelle grâce à votre présence, considérez-vous que cette photographie appartient entièrement au photographe ?
Si vous êtes photographe, accepteriez-vous toujours de supprimer une photographie si la personne représentée vous le demandait ?
Et à l’inverse, si vous êtes sur une photographie, pensez-vous pouvoir la publier librement sans mentionner celui ou celle qui l’a réalisée ?
Finalement, une photographie appartient-elle seulement à celui qui la crée… ou aussi, un peu, à celui qui lui donne son visage ?
Pour répondre à tes questions :
Si on me fait une belle photo dans la rue : je considère que la photo appartient entièrement au photographe, à condition qu'elle ne soit pas utilisée dans un quelconque but militant !
Pour la 2e question : je ne suis pas photographe, donc je ne me prononce pas.
3e question : ben dans ma galerie, les photos prises par un pote photographe, elles portent la mention de son nom !
Finalement, une photo appartient un peu aux deux... comme la garde partagée d'un gosse, faut s'entendre sur ce qu'on en fait :D
