HPI et sensation de « préscience » : quand le cerveau a plusieurs coups d’avance

Un article de Fantomas-2
Publié le 11/09/2026
Dans la section #Psychologie
Article public d'intéret général
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Conforme ou séditieux?

« Je savais que ça allait finir comme ça. »

Cette phrase peut facilement faire lever quelques sourcils.

Pourtant, certaines personnes à haut potentiel intellectuel décrivent une expérience assez étrange : avoir parfois l’impression de connaître la suite avant qu’elle n’arrive.

Pas nécessairement quelques secondes avant.

Parfois plusieurs semaines. Plusieurs mois. Et occasionnellement, elles ont l’impression d’avoir anticipé une évolution plusieurs années auparavant.

Une relation dont elles « savaient » qu’elle allait se détériorer.
Une organisation dont elles pressentaient les difficultés.
Une décision professionnelle dont elles avaient anticipé les conséquences.
Une évolution sociale ou familiale qui leur semblait presque évidente alors que leur entourage ne la voyait absolument pas venir.

Puis l’événement survient.

Et arrive cette phrase particulièrement agaçante pour l’entourage :

« Je te l’avais dit. »

Alors, le HPI aurait-il une sorte de sixième sens ?

Probablement pas.

Mais certaines capacités cognitives associées à une intelligence élevée peuvent contribuer à quelque chose de beaucoup plus intéressant : détecter des régularités, intégrer rapidement plusieurs informations et construire des scénarios probables à partir d’indices parfois fragmentaires.

Et cela peut subjectivement ressembler à une forme de « préscience ».

Non, la science n’a pas démontré que les HPI voient l’avenir !

Commençons par enlever immédiatement le mystère : à l’heure actuelle, aucune donnée scientifique robuste ne permet d’affirmer que le haut potentiel intellectuel confère une capacité de précognition ou permet de connaître des événements futurs.

Il faut d’ailleurs être prudent avec les nombreuses caractéristiques psychologiques couramment attribuées aux HPI.

Une méta-revue publiée par Desvaux, Danna, Velay et Frey souligne qu’il existe encore un manque de consensus international concernant la terminologie et certaines caractéristiques cliniques associées au haut potentiel. Les auteurs insistent notamment sur l’hétérogénéité des méthodes et des critères utilisés dans la littérature scientifique.

Desvaux, T., Danna, J., Velay, J.-L. & Frey, A. (2024). « From gifted to high potential and twice exceptional: A state-of-the-art meta-review ». Applied Neuropsychology: Child, 13(2), 165-179. DOI : 10.1080/21622965.2023.2252950

Autrement dit :

HPI ≠ cerveau magique.

En revanche, une intelligence élevée implique, par définition, des performances particulièrement importantes dans certaines tâches cognitives.

Et c’est là que notre histoire devient intéressante.

Et si le cerveau ne prédisait pas l’avenir, mais repérait simplement plus tôt une trajectoire ?

Imaginez quelqu’un qui observe une entreprise.

Il remarque :

  • que plusieurs salariés expérimentés partent ;
  • que les décisions deviennent progressivement plus centralisées ;
  • que les réunions deviennent plus conflictuelles ;
  • que certains investissements sont repoussés ;
  • que le discours de la direction change subtilement ;
  • que les mêmes erreurs commencent à se répéter.

Pris séparément, chacun de ces éléments ne permet pas de prédire l’avenir.

Mais ensemble, ils commencent à former une configuration.

Un pattern.

Le cerveau peut alors comparer la situation actuelle avec des situations déjà rencontrées, rechercher des régularités et commencer à construire différentes suites possibles.

Il ne sait pas ce qui va arriver.

Il estime ce qui risque d’arriver.

Et parfois cette estimation est réalisée extrêmement rapidement.

Voir cinq informations là où l’on n’en regarde consciemment qu’une

Prenons maintenant une situation relationnelle.

Une personne raconte :

« Tout va très bien dans mon couple. »

Pourtant, quelqu’un peut simultanément remarquer :

  • une modification de la façon dont elle parle de son conjoint ;
  • une augmentation des critiques banales ;
  • une diminution des projets communs ;
  • plusieurs contradictions dans son discours ;
  • une distance affective légèrement plus importante ;
  • un changement dans la manière dont elle se projette dans l’avenir.

Aucun de ces éléments ne permet d’affirmer :

« Ils vont se séparer. »

Mais leur combinaison peut progressivement faire émerger une hypothèse :

« Si cette dynamique continue, la probabilité d’une rupture augmente. »

Et voilà précisément ce qui est intéressant : nous ne sommes pas toujours conscients de toutes les opérations cognitives qui nous ont conduits à une conclusion.

La personne ne pense donc pas nécessairement :

Élément A + élément B + élément C + souvenir D + comparaison E = hypothèse F.

Elle peut simplement ressentir :

« Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dit que ça va mal finir. »

Bienvenue dans le domaine de l’intuition.

L’intuition n’est pas nécessairement irrationnelle

Nous opposons facilement intuition et raisonnement.

La recherche montre une réalité beaucoup plus complexe.

Pétervári, Osman et Bhattacharya ont étudié différentes formes d’intuition et montrent justement qu’il ne s’agit pas d’un mécanisme cognitif unique.

Ils distinguent notamment une dimension appelée « Coherence & Insight », correspondant à la possibilité de combiner implicitement des informations et d’aboutir à un jugement à partir d’indices fragmentaires.

Cette dimension était associée aux capacités intellectuelles.

En revanche, d’autres formes d’intuition l’étaient peu ou pas.

Pétervári, J., Osman, M. & Bhattacharya, J. (2018). « The structure of intuitive abilities and their relationships with intelligence and Openness to Experience ». Intelligence, 67, 1-10. DOI : 10.1016/j.intell.2017.12.001

C’est une nuance fondamentale.

Être intelligent ne signifie donc pas avoir systématiquement de meilleures intuitions.

Mais certaines formes d’intuition reposant sur la détection de cohérence entre plusieurs informations semblent bien entretenir une relation avec les capacités intellectuelles.

Une autre étude, publiée dans le Journal of Experimental Psychology: General, apporte un résultat particulièrement intéressant.

Thompson, Pennycook, Trippas et Evans ont comparé des personnes présentant différentes capacités de raisonnement. Leurs expériences suggèrent que chez les participants disposant de capacités cognitives plus importantes, certaines informations logiques ou statistiques peuvent elles-mêmes devenir plus intuitivement accessibles.

Autrement dit, une partie de ce que nous attribuons au raisonnement conscient pourrait déjà intervenir très précocement dans le traitement intuitif de l’information.

Thompson, V. A., Pennycook, G., Trippas, D. & Evans, J. St. B. T. (2018). « Do smart people have better intuitions? ». Journal of Experimental Psychology: General, 147(7), 945-961. DOI : 10.1037/xge0000457

Ce qui permet de comprendre une expérience assez particulière :

« Je sais quelque chose, mais je ne sais pas encore expliquer pourquoi je le sais. »

Le cerveau a peut-être déjà traité une partie du problème.

Il ne nous a simplement pas encore envoyé le compte rendu de réunion.

Et c’est ici qu’apparaît cette impression d’avoir plusieurs coups d’avance

Supposons une situation A.

À partir de A, plusieurs conséquences sont possibles :

A → B
A → C
A → D

Mais B entraîne lui-même certaines conséquences :

B → E → F

Et C peut conduire à :

C → G → H

Une personne peut rester essentiellement concentrée sur :

A : ce qui est en train de se produire.

Une autre commence déjà à envisager :

A → B → E → F.

Elle n’a pas vu l’avenir.

Elle a simplement déroulé mentalement davantage d’étapes possibles.

Et plus elle dispose d’informations pertinentes, plus certaines trajectoires peuvent devenir probables.

C’est ici que les recherches scientifiques sur la prévision deviennent particulièrement intéressantes.

Les « superforecasters » : certaines personnes prédisent réellement mieux que les autres

C’est probablement l’étude la plus importante pour comprendre cette impression de « préscience ».

Barbara Mellers, Philip Tetlock et leurs collègues ont étudié les performances de 743 participants ayant produit plus de 150 000 prévisions concernant 199 événements géopolitiques pendant deux ans.

Et les résultats sont fascinants.

Certaines personnes prédisaient effectivement mieux les événements que les autres.

Pas grâce à une boule de cristal.

Les meilleurs prédicteurs se distinguaient notamment par :

  • de meilleures capacités de raisonnement inductif ;
  • une meilleure détection des régularités ;
  • davantage de flexibilité cognitive ;
  • davantage d’ouverture d’esprit ;
  • de meilleures connaissances du domaine concerné ;
  • davantage de temps consacré à la réflexion ;
  • et surtout une actualisation plus fréquente de leurs croyances lorsque de nouvelles informations apparaissaient.

Mellers, B. et al. (2015). « The psychology of intelligence analysis: Drivers of prediction accuracy in world politics ». Journal of Experimental Psychology: Applied, 21(1), 1-14. DOI : 10.1037/xap0000040

Voilà qui change considérablement notre compréhension de la « préscience ».

Parce que certaines personnes semblent effectivement meilleures que d’autres pour anticiper ce qui risque d’arriver.

Mais elles ne connaissent pas l’avenir.

Elles semblent être meilleures pour calculer implicitement ou explicitement les probabilités du futur à partir du présent.

Le HPI pourrait-il donc avoir une longueur d’avance ?

C’est ici qu’il faut être extrêmement précis.

Nous ne disposons pas, à ma connaissance, d’une étude démontrant :

« Les HPI prédisent mieux l’avenir que la population générale. »

Cette affirmation serait donc scientifiquement abusive.

En revanche, nous disposons de plusieurs pièces du puzzle :

1. Certaines formes d’intuition liées à la détection de cohérence et à l’insight sont associées aux capacités intellectuelles.

2. Les individus présentant de meilleures capacités de raisonnement peuvent traiter certaines informations logiques ou statistiques de manière plus intuitive.

3. Dans les études de prévision, certaines personnes sont effectivement plus précises que d’autres.

4. Parmi les caractéristiques des meilleurs prédicteurs se trouvent notamment le raisonnement inductif, la détection de patterns, la flexibilité cognitive et l’actualisation régulière des hypothèses.

Nous pouvons donc construire une hypothèse scientifiquement plausible, mais pas encore présenter celle-ci comme un fait démontré spécifiquement chez les HPI :

> Chez certaines personnes disposant de capacités élevées de raisonnement, d’intégration de l’information et de détection de régularités, une situation complexe pourrait être comprise suffisamment rapidement pour que sa conclusion apparaisse sous forme intuitive avant que le raisonnement complet soit accessible à la conscience.

Et là, l’impression subjective devient :

« Je le sens. »

Alors qu’une partie de ce « ressenti » pourrait en réalité être :

« Mon cerveau a déjà commencé à calculer la suite. »

Pourquoi peut-on parfois avoir l’impression d’avoir anticipé quelque chose plusieurs années auparavant ?

C’est probablement le point le plus fascinant.

Parce que certaines prédictions ne concernent pas réellement un événement précis.

Elles concernent une trajectoire.

Prenons un système familial dans lequel, depuis dix ans :

  • les conflits sont systématiquement évités ;
  • une personne prend toutes les décisions ;
  • une autre accumule du ressentiment ;
  • chaque tentative de changement est rapidement neutralisée ;
  • les mêmes interactions se répètent.

Il est évidemment impossible de prédire exactement :

« Voici ce qui se produira le 14 mars 2029 à 17 h 32. »

En revanche, quelqu’un qui repère rapidement la dynamique peut raisonnablement penser :

« Si aucun paramètre important du système ne change, cette tension va probablement continuer à augmenter. »

Puis trois ans plus tard, le système explose.

La personne peut alors avoir l’impression :

« Je savais depuis trois ans que ça arriverait. »

Et, dans une certaine mesure, elle avait effectivement anticipé quelque chose.

Mais pas nécessairement l’événement.

Elle avait identifié la trajectoire.

La différence est fondamentale.

Et pourquoi certaines personnes prennent-elles du recul extrêmement vite ?

Une autre expérience peut accompagner cette impression.

Une information arrive.

Alors que l’entourage est encore concentré sur l’événement lui-même, quelqu’un commence déjà à réfléchir :

« Qu’est-ce que cela va modifier ensuite ? »

Puis :

« Si cela change, quelles seront les conséquences ? »

Puis :

« Et comment les autres vont-ils probablement réagir à ces conséquences ? »

Puis :

« Et cette réaction va modifier quoi à son tour ? »

En quelques instants, la personne n’analyse plus uniquement l’information.

Elle analyse les conséquences potentielles de l’information.

Les autres parlent encore de :

ce qui vient d’arriver.

Elle réfléchit déjà à :

ce que ce qui vient d’arriver pourrait provoquer.

Et lorsqu’elle explique son raisonnement, elle peut parfois entendre :

« Mais tu vas beaucoup trop loin. »

Six mois plus tard :

« Ah oui. »

Moment particulièrement dangereux pour l’ego du HPI.

Mais il existe un énorme piège : nous nous souvenons surtout des fois où nous avions raison

Parce qu’avant de conclure que notre cerveau est devenu Nostradamus, il faut parler des biais cognitifs.

Nous avons notamment tendance à rechercher ou à privilégier les informations qui confirment ce que nous pensions déjà : c’est le biais de confirmation.

Et après qu’un événement s’est produit, nous avons également tendance à considérer son issue comme ayant été davantage prévisible qu’elle ne l’était réellement.

C’est ce que l’on appelle le biais rétrospectif, ou hindsight bias.

Autrement dit, après coup :

« Je savais que ça allait arriver. »

Mais notre cerveau oublie assez volontiers les quinze autres fois où il avait annoncé mentalement l’apocalypse et où, finalement…

il ne s’est absolument rien passé.

Une expérience très simple pour tester sa propre « préscience »

Il existe donc une excellente façon de vérifier si l’on anticipe réellement bien les événements.

Écrire ses prédictions.

Avec :

  • la date ;
  • ce que l’on pense qu’il va arriver ;
  • les indices qui conduisent à cette conclusion ;
  • le délai estimé ;
  • et surtout une probabilité.

Par exemple :

> 6 septembre 2026 : j’estime à 70 % la probabilité que cette organisation modifie profondément son fonctionnement dans les douze prochains mois, parce que X, Y et Z.

Puis on range le document.

Et on revient le lire un an plus tard.

L’exercice devient soudain beaucoup moins mystique.

Et beaucoup plus scientifique.

Parce qu’on peut alors vérifier non seulement nos réussites…

mais également toutes nos magnifiques prédictions complètement ratées.

Peut-être faudrait-il finalement changer de mot

« Préscience » est un terme séduisant.

Mais scientifiquement, anticipation intuitive serait probablement beaucoup plus juste.

Parce que ce phénomène pourrait reposer sur quelque chose de finalement très humain :

observer → détecter → comparer → intégrer → simuler → anticiper.

Chez certaines personnes, certaines étapes de cette chaîne pourraient fonctionner particulièrement efficacement.

Et lorsqu’un grand nombre d’informations sont intégrées rapidement, la conclusion peut parfois émerger avant que nous soyons capables d’expliquer précisément le raisonnement qui l’a produite.

Ce qui donne cette étrange impression :

« Je ne sais pas comment, mais je sais. »

Alors que la formulation la plus juste serait peut-être :

« Mon cerveau avait repéré une trajectoire avant que je sois capable d’expliquer consciemment comment il l’avait repérée. »

Et finalement, ce n’est peut-être pas aussi spectaculaire que de voir l’avenir.

Mais cognitivement, c’est beaucoup plus intéressant.

2 commentaires
Bidule
()
Il y a quelque chose qui me dérange profondément dans le concept de HPI : le « P ».

« Haut potentiel intellectuel ». Comme si l'on parlait d'une prédisposition intrinsèque, presque d'une catégorie naturelle de personnes qui seraient, dès le départ, dotées d'un potentiel intellectuel supérieur.

Et c'est précisément là que, pour moi, ça commence à sentir mauvais.

Parce que lorsqu'on pose la question suivante: « Pourquoi y aurait-il des personnes HPI et d'autres qui ne le seraient pas ? », on entre rapidement sur un terrain glissant : celui de la hiérarchisation biologique des individus.

Bienvenue à Gattaca ou en Allemagne en 1930.

Le problème devient encore plus évident lorsqu'on s'intéresse à ce que l'on mesure réellement.

L'intelligence est très souvent évaluée à travers des tests psychométriques, notamment les tests de QI. Or ces tests ne mesurent évidemment pas « l'intelligence » dans toute sa complexité. Ils mesurent certaines capacités cognitives dans un cadre précis, avec des exercices construits selon certaines conventions culturelles, éducatives et linguistiques.

Prenons un exemple volontairement caricatural.

Faites passer un test de QI standardisé à une personne vivant dans une communauté isolée de la forêt amazonienne, dont l'environnement, les apprentissages et les compétences quotidiennes sont radicalement différents des nôtres.

Le test lui demandera de résoudre des problèmes abstraits qui n'ont aucune correspondance directe avec son quotidien.

Si elle obtient un score faible, cela signifie-t-il qu'elle est « moins intelligente » ?

Évidemment que non.

Cette personne peut posséder une connaissance extrêmement fine de son environnement, savoir s'orienter, identifier des espèces, anticiper des phénomènes naturels, trouver de la nourriture, fabriquer des outils ou prendre des décisions complexes dans un environnement que la plupart d'entre nous seraient incapables de gérer.

Inversement, donnez-moi un problème parfaitement adapté à cet environnement et demandez-moi de le résoudre sans aucune connaissance préalable.

Mon éventuel QI de 130 ne me sera probablement pas d'une grande utilité.

Cela pose donc une question fondamentale : qu'est-ce que nous appelons exactement « intelligence » lorsque nous la mesurons?

Le problème devient encore plus sensible lorsqu'on regarde l'utilisation historique des tests d'intelligence.

Les tests de QI ont notamment été utilisés dans des théories eugénistes et racistes visant à établir des hiérarchies entre populations. Certaines représentations contemporaines prétendant montrer une « carte mondiale de l'intelligence » s'appuient d'ailleurs sur des données dont la qualité, la représentativité et les conditions de passation ont été fortement contestées.

Et il ne faut pas oublier une question fondamentale : tout outil de mesure définit nécessairement ce qu'il choisit de mesurer et ce qu'il laisse de côté.

C'est pourquoi je me méfie énormément du glissement entre : « Cette personne obtient un score élevé à certaines épreuves psychométriques » et « Cette personne possède intrinsèquement un potentiel intellectuel supérieur ».

Le premier est une observation mesurable.Le second est déjà une interprétation.

Et lorsque cette interprétation devient une catégorie identitaire - « les HPI » et « les non-HPI » - on commence à construire une hiérarchie qui mérite d'être interrogée.

Ce qui me paraît particulièrement ironique, c'est que le discours sur le HPI est souvent présenté comme universel, alors que les outils utilisés pour l'identifier sont issus de traditions psychométriques et éducatives essentiellement occidentales.

Car oui toute cette construction du HPI est... occidentale. Coloniale?

Bidule
()
L'article ne porte pas sur la validité environnementale, sociétale des tests mesurant l'intelligence, Léa. Et je n'ai pas envie de rentrer dans le débat, parce que si on va par là, toute la psychopathologie est "occidentale". On sait d'emblée, par exemple, que les troubles anxieux ont une vérité empirique selon la culture, l'environnement sociétal, etc. C'est bien pour ça que beaucoup réclame que le futur DSM-6 soit moins catégorique sur ces "critères" que ce qui est écrit dans les versions antérieures : on voit d'ailleurs que le 5-TR a subi un net recule en terme de diagnostic différentiel par rapport à la version 4, mais si on part là dedans, ça veut dire que la psychologie moderne ne peut pas rester au rang d'une science, parce qu'elle serait trop aléatoire. Pour le QIT, je pense très personnellement qu'il ne doit pas être lu par rapport à une moyenne global, mais bien par rapport aux subtests permettant de connaître le fonctionnement de son cerveau à un instant T, dans le ici et le maintenant. Le QI n'est pas figé, on sait qu'il évolue dans le temps selon différents facteurs.

D'ailleurs, et pour en être un, la plupart des HPI bilantés te diront qu'avoir un cerveau qui fonctionne plus vite que les autres est loin d'être un cadeau parce qu'on est résumé à un QI égal ou supérieur à 130 et qu'AUCUN scientifique n'arrive à se prononcer sur un fonctionnement neurologique, alors qu'"entre nous" on reconnait des similarités comportementales ou cognitives que la psychologie scientifique n'arrive pas à expliquer (pour l'instant).
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