📖 Profil : Le pigeon

Un article de Fantomas-2
Publié le 13/10/2026
Dans la section #LIRE
Article public d'intéret général
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Si vous avez aimĂ© le style d’écriture du livre Le Parfum, vous adorerez ce nouvel opus.

📚 EpitomĂ©

Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan NoĂ«l avait dĂ©jĂ  dĂ©passĂ© la cinquantaine, il avait derriĂšre lui une pĂ©riode d’une bonne vingtaine d’annĂ©es qui n’avait pas Ă©tĂ© marquĂ©e par le moindre Ă©vĂ©nement, et jamais il n’aurait escomptĂ© que pĂ»t lui arriver rien de notable sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout Ă  fait. Car il n’aimait pas les Ă©vĂ©nements, et il avait une vĂ©ritable horreur de ceux qui Ă©branlaient son Ă©quilibre intĂ©rieur et chamboulaient l’ordonnance de sa vie."

Qu’est-ce qu’un "Ă©vĂ©nement" ?

Que se passe-t-il, en somme, quand "il se passe quelque chose" dans la vie d’un homme ? Tel est au fond le sujet, Ă©tonnamment simple et profond, de ce nouveau conte philosophique et cocasse de l’auteur du "Parfum".

đŸ—šïž Un mot sur l’auteur

Patrick SĂŒskind est nĂ© en 1949 en BaviĂšre.

AprÚs des études littéraires à Munich et à Aix-en-Provence, il devient scénariste.

Outre "Le parfum", qui a connu un succÚs mondial, il a écrit une piÚce de théùtre à un personnage, "La contrebasse", ainsi que "le Pigeon".

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đŸ˜ș Mon avis

Ce livre est particuliÚrement court et ravira les personnes qui ont des difficultés de concentration, ou qui veulent lire vite et bien.

Nous dĂ©couvrons Jonathan, un quinquagĂ©naire Ă  la vie terne, rĂ©glĂ©e comme du papier Ă  musique, qui mĂšne depuis des annĂ©es une vie routiniĂšre et banale et pour lequel tout doit absolument se dĂ©rouler chaque jour de la mĂȘme maniĂšre.

Il habite dans une chambre de bonne depuis un certain temps et est vigile dans un hĂŽtel. Un jour, il dĂ©couvre sur son palier un pigeon, qui le scrute. Ce qui vous aurait semblĂ© n’ĂȘtre rien, ou ĂȘtre juste un Ă©vĂšnement un peu chiant lui est carrĂ©ment insupportable, au point qu’il en fait littĂ©ralement une crise de panique ; et il se rĂ©fugie hors de chez lui, pour presque devenir un SDF.

Au dĂ©but, on rit des situations que cet homme anxieux craint, voyant la venue du pigeon devenir l’apocalypse, s’imaginer foudroyĂ© sous son Ɠil, craignant on ne sait quel danger.

La plume de Patrick Suskind est toujours ici percutante, et il offre ici une analyse complĂšte de la psychologie d’un individu nĂ©vrosĂ©, absolument capable de se mettre seul dans l’embarras par une cascade de mĂ©saventures qui dĂ©coulent d’une premiĂšre et Ă©norme contrariĂ©tĂ© du seul fait d’avoir croisĂ© un animal, dont il ne savait mĂȘme pas ĂȘtre phobique (du moins, je ne crois pas).

J’ai beaucoup aimĂ© la montĂ©e en puissance des Ă©motions du personnage, et Ă©trangement aussi je n’ai pas pu m’empĂȘcher d’éprouver de l’empathie finalement pour cet homme seul et malade, en prisonnier de son train-train et de sa vie que n’importe qui pourrait trouver pathĂ©tique mais qui Ă©tait seulement, dans le fond, rassurante pour lui.

La lecture est complĂštement dĂ©calĂ©e mais terriblement efficace, et ce d’autant que le roman est trĂšs court et ne fait qu’une centaine de pages.

Une trÚs belle découverte !

📑 Citations

✒ Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan NoĂ«l avait dĂ©jĂ  dĂ©passĂ© la cinquantaine, il avait derriĂšre lui une pĂ©riode d’une bonne vingtaine d’annĂ©es qui n’avait pas Ă©tĂ© marquĂ©e par le moindre Ă©vĂšnement, et jamais il n’aurait escomptĂ© que pĂ»t encore lui arriver rien de notable, sauf mourir un jour. Et cela lui convenait tout Ă  fait. Car il n’aimait pas les Ă©vĂšnements, et il avait une vĂ©ritable horreur de ceux qui Ă©branlaient son Ă©quilibre intĂ©rieur et chamboulaient l’ordonnance de sa vie.

✒ Il avait penchĂ© la tĂȘte sur le cĂŽtĂ© et fixait Jonathan de son Ɠil gauche. Cet Ɠil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre, Ă©tait effrayant Ă  voir. Il Ă©tait fixĂ© comme un bouton cousu sur le plumage de la tĂȘte, il Ă©tait dĂ©pourvu de cils et de sourcils, il Ă©tait tout nu et impudemment tournĂ© vers l’extĂ©rieur, et monstrueusement ouvert ; mais en mĂȘme temps il y avait lĂ , dans cet Ɠil, une sorte de sournoiserie retenue ; et, en mĂȘme temps encore, il ne semblait ni sournois, ni ouvert, mais tout simplement sans vie, comme l’objectif d’une camĂ©ra qui avale toute lumiĂšre extĂ©rieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son intĂ©rieur. Il n’y avait pas d’éclat, pas de lueur dans cet Ɠil, pas la moindre Ă©tincelle de vie. C’était un Ɠil sans regard. Et il fixait Jonathan.

✒ Il eut soudain grande envie de quitter chaussures et chaussettes, et de continuer nu-pieds; et s’il n’en fit rien, ce ne fut que par paresse, et non parce qu’il trouvait cela inconvenant.

✒ La paix, pensait-il, ne se trouve pas dans le monde, mais seulement dans le retrait du monde.

✒ Il voulait souffrir, Ă  prĂ©sent. Plus il souffrirait, mieux cela vaudrait. La souffrance lui convenait tout Ă  fait, elle justifiait et attisait sa haine et sa rage; et la rage et la haine attisaient en retour la souffrance, car elles lui faisaient de plus en plus bouillir le sang et faisaient sourdre des pores de sa peau d’incessantes vagues de sueur.

🔍 RĂ©fĂ©rences

Écrit par Patrick SĂŒskind

Traduit par Bernard Lortholary

9782253047421 - 88 pages - 01/10/1988

🔖 CatĂ©gories

Nouvelle, roman

📌 CrĂ©dits

Babelio Wikipedia

3 commentaires
Le surveillant
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Il fut un temps oĂč, Ă  des fins de cohĂ©rence cardiaque, je devais scruter mon quotidien pour y trouver la paix.
La paix ne pouvait ĂȘtre intĂ©rieure quand on a, comme moi,
une tendance à la pensée pop-up,
à la pensée tragique,
à la pensée chargée,
Ă  la pensĂ©e pragmatique —
toutes en mĂȘme temps, Ă©videmment.
Scruter le quotidien n’est pas chose aisĂ©e
quand on vit dans une sociĂ©tĂ© oĂč il nous est appris que,
face à la tragédie, il faut sortir son portable,
face à la joie, ses réseaux,
et face à soi, ses filtres — admirables ou pitoyables.
À dĂ©faut de filtres, mon moi est peu photogĂ©nique.
J’ai donc observĂ© ce qui pourrait l’ĂȘtre,
ce qui, dans la lumiĂšre, pourrait bien renaĂźtre.
Pratiquer une magie moderne, empreinte du courant bien-ĂȘtre,
ne peut se faire sans un public
 ou un peu de paraütre.
Et c’est ainsi que j’ai appris à trouver le bonheur et la paix
dans un rayon de soleil — mais pas n’importe lequel.
Pas celui qui traverse la pluie pour nous offrir un arc-en-ciel,
pas celui qui traverse la poussiĂšre pour m’offrir une sensation d’apesanteur (et l’envie d’éternuer),
pas non plus celui que traverse la vitre
et rĂ©chauffe mon corps et mon cƓur.
J’ai trouvĂ© paix, bonheur et cohĂ©rence
dans le rayon de soleil qui se pose avec révérence
sur les plumes d’un pigeon — simple, sublime prĂ©sence.
Le pigeon iridescent est devenu mon havre, mon ancre, mon totem.
Ô toi, pigeon, que ton iridescence
me rende ma cohérence.
LeDétective
()
88 pages, effectivement cela s'apparente à 3 nouvelles réunies, c'est court mais bien pour un court voyage en train
Un espion
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Ce n'est pas la taille qui compte :)

Je ne connaissais pas. A deux doigts que le personnage porte mon nom, haha. Il a déjà mon nom de famille.
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