🖼️ Portait : Pierre Richard
S’il est un acteur français que j’aime vraiment beaucoup, c’est Pierre Richard !
Je suis sûre que vous le connaissez au moins de nom. Il ne suffit que de quelques secondes pour reconnaître sa silhouette dégingandée, sa coiffure ébouriffée, son regard bleu étonné, et surtout sa une maladresse qui semble lui tomber dessus. Il incarne l’élégance d’un drôle de cinéma, emprunt de nostalgie et d’humour.
Son jeu d’acteur et tout son talent repose énormément sur les situations, les silences, les regards et les gestes, il a une façon bien à lui de faire rire, "sans effort" ou à tout le moins sans avoir besoin d’en faire trop.
Il occupe une place particulière dans le cinéma francophone depuis plus de cinquante ans, et c’est l’un des rares comédiens capable de transformer la gêne, la maladresse et les petits accidents de la vie en moments drôles, même si à cette époque, on en rencontrait assez souvent (un peu comme Louis de Funès, Jacques Villeret...) et, j’en ai l’impression, un peu plus qu’aujourd’hui.
Né Pierre Defays en 1934 à Valenciennes, il se passionne très tôt pour le spectacle.
Il grandit dans un château dans le Nord de la France, auprès d’un grand-père aristocrate et autoritaire. Il est issu d’une dynastie qui a fait fortune dans la sidérurgie. Dans cette maison, on ne plaisante pas avec l’avenir. Devenir acteur ? Même pas en rêve, ce n’est qu’un caprice de saltimbanque et il en est hors de question.
Pour avoir la paix et satisfaire les ambitions familiales, le jeune homme accepte de poursuivre des études sérieuses et s’oriente vers la kinésithérapie, un métier respectable, sûr, et surtout avec un diplôme au bout.
Il "monte à Paris" suivre ses études, et s’il rentre dans le rang en apparence, il mène en réalité une double vie et s’inscrit en cachette aux cours d’art dramatique de Jean Vilar au centre de Charles Dullin.
Les problèmes de dos de ses futurs patients l’intéressent de moins en moins, il sèche les cours et apprend à jouer à la comédie, jusqu’au jour où il lui faudra choisir entre la blouse ou le costume de scène.
Il se tourne d’abord vers le théâtre et le cabaret avant de faire ses premiers pas au cinéma dans les années 1960, mais c’est véritablement au début des années 1970 qu’il se fait connaître du grand public en devenant l’un des visages incontournables de la comédie française.
Il ne ressemble pas vraiment aux héros traditionnels du cinéma tellement ses personnages sont aux antipodes des héros habituels, du genre distraits, rêveurs, maladroits ou simplement dépassés par les événements, et c’est justement ce qui fait son charme, surtout qu’il a la gueule de l’emploi.
En 1970, il prend une double-casquette, et en plus de jouer le rôle principal, il passe derrière la caméra et réalise Le Distrait, puis enchaîne avec Les Malheurs d’Alfred. Il va surtout incarner Le Grand Blond avec une chaussure noire, qui rencontre un immense succès et fera de lui une star. Dans ce film, il incarne François Perrin, un homme ordinaire pris malgré lui dans une histoire d’espionnage. Avec son costume décalé et sa fameuse chaussure noire, il devient une figure emblématique du cinéma comique français.
La machine est lancée et dans les années 1980, il forme avec Gérard Depardieu un tandem devenu mythique, notamment dans La Chèvre, Les Compères et Les Fugitifs, trois films réalisés par Francis Veber.
Le principe fonctionne à merveille, même si c’est souvent sur le même moule : il joue généralement l’homme sensible, maladroit et un peu lunaire, tandis que Gérard Depardieu incarne un personnage plus imposant, direct et terre à terre, mais ça marche et le contraste fait mouche.
Dans La Chèvre, par exemple, il interprète François Perrin, un homme si maladroit qu’il est choisi pour retrouver une jeune femme disparue parce qu’il lui ressemble de par son incroyable capacité à attirer les catastrophes et sa malchance légendaire. Le film est devenu un classique, tout comme les deux autres volets de cette collaboration. Cette association avec Depardieu a d’ailleurs largement contribué à installer Pierre Richard dans le cœur du public.
Pierre Richard ce n’est pas seulement la maladresse incarnée, et réduire sa carrière à ces comédies serait oublier sa personnalité artistique beaucoup plus riche : s’il est avant tout comédien et populaire pour les comédies un peu absurdes, il a aussi montré au fil des années un vrai talent dramatique, avec énormément de sensibilité. Ses personnages sont souvent des hommes seuls, rêveurs, amoureux ou maladroits dans leurs relations avec les autres, mais ils montrent aussi une certaine fragilité, et si on rit de leurs mésaventures, on éprouve aussi une certaine tendresse pour eux.
Avec le temps, il s’est d’ailleurs éloigné de l’image du "Grand Blond" pour apparaître dans des rôles plus variés, et il est remarquable qu’il ait réussi à se renouveler et à rester présent dans le paysage cinématographique pendant plusieurs décennies.
Ses films continuent d’être rediffusés et ses personnages sont devenus familiers, presque comme des membres de la famille du cinéma français. Le Grand Blond, François Perrin ou encore les différents rôles de grands maladroits qu’il a incarnés font partie de cette mémoire collective que le temps n’efface pas facilement, et ce d’autant que sa voix, sa gestuelle ou ses mimiques ajoutent cette touche immédiatement reconnaissable.
Étrangement, avec une telle carrière je trouve qu’il a reçu peu de distinctions : il a reçu le prix Festival de Karlovy Vary 1996 du meilleur acteur pour le film les Mille et Une Recettes du cuisinier amoureux, le prix Hommage du Festival Juste pour rire de Montréal en 2004, un César d’honneur en 2006 pour l’ensemble de sa carrière, un Magritte du cinéma en 2015 et un Molière en 2020 pour Monsieur X, et c’est "tout" !
Loin de se limiter au cinéma et au théâtre, il est également connu pour son activité de vigneron dans le sud de la France et montre ainsi qu’il n’est pas homme à se laisser enfermer dans une seule case.
Côté vie privée, il a eu deux fils qui n’ont pas souhaité se tourner vers la comédie, mais suivent tout de même un chemin "artistique" puisque l’un est devenu contrebassiste et directeur général de la société Vins Pierre Richard, et le second, est saxophoniste du duo Blues Trottoir. Pierre Richard a également six petits-enfants, qui se tournent aussi pour la plupart vers l’art.
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Le grand blond avec une chaussure noire m'avait bien fait rire !
(Pour la petite histoire, mes parents connaissent un richard pierre... mais qui est flamand, il n'a peut être pas trop souffert de la référence)
