đ„ CINĂ : Le Grand Bleu
Jâai eu rĂ©cemment envie de revoir le Grand Bleu, pour le montrer Ă ma fille, mais surtout pour voir si la magie opĂ©rerait Ă©galement pour elle. Spoiler alert, oui.
Pour ceux qui auraient vĂ©cu dans une grotte ou qui dĂ©testeraient Besson au point de ne pas pouvoir voir un de ses films, en voici le pitch : Jacques Mayol, passionnĂ© dâapnĂ©e depuis son enfance, retrouve son rival de toujours, Enzo Molinari, Ă lâoccasion de compĂ©titions de plongĂ©e en apnĂ©e Ă travers le monde. Entre quĂȘte de records, amitiĂ©, rivalitĂ© et histoire dâamour, Jacques semble irrĂ©sistiblement attirĂ© par les profondeurs.
DĂšs le dĂ©but, on voit le petit Jacques en GrĂšce, dans le sublime village dâAmorgos, et on devine dĂ©jĂ sa fascination pour la plongĂ©e et la mer.
Jâaime Ă©normĂ©ment lâune des premiĂšres scĂšnes : le petit Jacques voit une piĂšce au fond de lâeau, et va la chercher. Il sort Ă peine de lâeau quâarrive Enzo Molinari, quâon sent trĂšs grande gueule, entourĂ© de tous ses potes, qui vient lui taxer sa piĂšce, que Jacques lui donne Ă contrecĆur.
Lorsque les garnements sont partis, un Padre, qui Ă©tait dans le coin, appelle le petit Jacques pour lui montrer une autre piĂšce dans lâeau, que manifestement, il vient de jeter pour que lâenfant puisse la chercher. Lorsquâil ressort de lâeau pour la donner au PĂšre, celui-ci a disparu...
On dĂ©couvre cet enfant solitaire. Le pĂšre de Jacques vivotte comme il peut. Il est plongeur, mais pas plongeur en cuisine, non, il travaille en mer. Un accident tragique va bouleverser lâenfance de Jacques, emportant son pĂšre, mais aussi sceller son rapport quasi-mystique avec lâocĂ©an.
Quelques annĂ©es plus tard, on retrouve Jacques adulte (jouĂ© par Jean-Marc Barr). On sent bien quâil est complĂštement Ă part, encore plus que dans son enfance, dâailleurs ; mais cela le rend dâailleurs fascinant et limite magnĂ©tique. Il ne parle pas beaucoup, paraĂźt souvent ailleurs, comme si le monde des humains lâintĂ©ressait moins que celui qui se trouve sous la surface de lâeau.
Puis dĂ©barque Enzo Molinari, incarnĂ© par Jean Reno, et tout change : Enzo est exubĂ©rant, encore plus grande gueule que dans son enfance, sĂ»r de lui et manifestement toujours prĂȘt Ă provoquer Jacques pour savoir lequel des deux descendra le plus profond et le plus longtemps. Leur relation est assez complexe : ils sont rivaux, mais on sent quâils sâapprĂ©cient Ă©normĂ©ment, Ă la maniĂšre de deux frĂšres.
Au milieu de tout cela arrive Johanna (Rosanna Arquette) que Jacques a rencontrĂ©e alors quâelle Ă©tait inspectrice en assurances sur un chantier dans lequel il travaillait en Antarctique. Son genre Ă elle, câest plus le type jolie fille, AmĂ©ricaine, pĂ©tillante, qui tombe raide dingue amoureuse de Jacques, mĂȘme si elle a parfois du mal Ă comprendre son besoin disparaĂźtre sous lâeau.
Les compĂ©titions sâenchaĂźnent alors dans des dĂ©cors absolument magnifiques qui nous emmĂšnent dĂ©couvrir les trĂ©sors de la Sicile ou des Ăźles grecques. Je dois dire que prĂšs de quarante ans aprĂšs sa sortie, certaines scĂšnes restent impressionnantes, et mĂȘme ma fille, qui nâavait que dix ans lorsquâelle lâa vu, a adorĂ© (mĂȘme sâil Ă©tait trĂšs long pour elle)
Impossible de parler de ce film sans Ă©voquer sa bande son, signĂ©e Ăric Serra, qui accompagne parfaitement les images et participe Ă©normĂ©ment Ă cette ambiance si particuliĂšre et hypnotique.
Je nâen dis pas plus et vous laisse redĂ©couvrir le film si vous le souhaitez.
Ătrangement, ce film reste assez inclassable dans son genre : ce nâest pas seulement un film sur la plongĂ©e, mais ce nâest pas non plus une simple histoire dâamour. Jâai tentĂ© de me dire quâil sâagissait du portrait dâun homme qui ne semble jamais vraiment Ă sa place sur la terre ferme, mais câĂ©tait sans compter sur son amitiĂ©-rivalitĂ© avec Enzo ou son amour pour lâocĂ©an qui prend une dimension toute particuliĂšre aussi.
Le casting est excellent et a du jouer dans le succĂšs de ce film. Jean-Marc Barr apporte beaucoup de charisme et de mystĂšre Ă Jacques, Jean Reno est absolument irrĂ©sistible en Enzo avec sa grande gueule et son Ă©nergie dĂ©bordante, et Rosanna Arquette apporte une vraie fraĂźcheur Ă lâensemble, mais en rĂšgle gĂ©nĂ©rale tous les acteurs ont Ă©tĂ© excellents, mĂȘme pour les rĂŽles un peu moins importants, et en disant cela je pense notamment Ă Roberto, le frĂšre dâEnzo (jouĂ© par Marc Duret) ou mĂȘme lâoncle de Jacques (Jean Bouise), le Docteur Laurence (Paul Shenar), la mĂšre dâEnzo (Alessandro Vazzoler)...
Le Grand Bleu est devenu un film culte en France, et trĂšs sincĂšrement je comprends tout Ă fait pourquoi. Certains trouveront peut-ĂȘtre le rythme un peu lent aujourdâhui, mais, Ă mes yeux, câest justement ce qui fait son charme.
Ă sa sortie en 1988, le film avait dâailleurs divisĂ© la critique, alors que le public, lui, en a fait un immense succĂšs. Comme quoi !
Pour finir, voici quelques anecdotes que jâai glanĂ©es ça et lĂ :
đŹAu dĂ©part, Luc Besson voulait François Cluzet pour le rĂŽle de Jacques Mayol et lui aurait mĂȘme demandĂ© de se muscler. Mais Cluzet, fĂąchĂ© de ne pas avoir Ă©tĂ© choisi pour le film Subway a envoyĂ© Besson se faire cuire un Ćuf, et câest tant mieux parce que Jean-Marc Barr est juste parfait pour ce rĂŽle.
đŹ Le film est inspirĂ© de deux vĂ©ritables champions dâapnĂ©e : les personnages de Jacques et Enzo sont directement inspirĂ©s de Jacques Mayol, le premier homme Ă avoir franchi les 100 mĂštres en apnĂ©e, et de son grand rival italien Enzo Maiorca. Jacques Mayol a mĂȘme participĂ© au film comme conseiller technique afin de rendre les scĂšnes de plongĂ©e crĂ©dibles.
đŹ Les acteurs ont rĂ©ellement plongĂ©. Jean-Marc Barr et Jean Reno nâont pratiquement pas Ă©tĂ© doublĂ©s pour les scĂšnes dâapnĂ©e, ou trĂšs peu, mais ont bien sĂ»r bĂ©nĂ©ficiĂ© dâun entraĂźnement pendant plusieurs mois. Jean Reno aurait dâailleurs frĂŽlĂ© la syncope lors dâun entraĂźnement.
đŹ Un tournage qui a durĂ© prĂšs de neuf mois, et lâa Ă©tĂ© un peu partout dans le monde : sur la CĂŽte dâAzur, en Sicile, en GrĂšce (notamment sur les Ăźles dâIos et dâAmorgĂłs), aux Bahamas, aux Maldives, au PĂ©rou, Ă New York... sans oublier quelques scĂšnes en piscine en rĂ©gion parisienne et Ă Val-dâIsĂšre.
đŹ La musique a failli ne jamais devenir culte aux Ătats-Unis, car la bande originale dâĂric Serra, aujourdâhui indissociable du film, a Ă©tĂ© remplacĂ©e lors de la sortie amĂ©ricaine par une musique composĂ©e par Bill Conti (le compositeur de Rocky). Les producteurs amĂ©ricains estimaient que la partition dâĂric Serra Ă©tait trop atypique pour leur public.
đŹ Le Grand Bleu a Ă©tĂ© un immense succĂšs malgrĂ© les critiques. Lors de sa prĂ©sentation au Festival de Cannes en 1988, la presse sâest montrĂ©e particuliĂšrement sĂ©vĂšre avec le film. Pourtant, le public en a dĂ©cidĂ© autrement : avec prĂšs de 9,2 millions dâentrĂ©es en France, Le Grand Bleu est devenu un vĂ©ritable phĂ©nomĂšne de sociĂ©tĂ© et lâun des films cultes des annĂ©es 1980.
đŹ Il existe une version longue : devant le succĂšs du film, Luc Besson a proposĂ© quelques annĂ©es plus tard une version enrichie dâenviron 50 minutes supplĂ©mentaires, portant le film Ă prĂšs de trois heures. Je lâavais vu au cinĂ©ma Ă lâĂ©poque et le fait que lâaffiche disait "Nây allez pas, ça dure trois heures" mâavait fait rire !
Petite blague qui reprend ton post, un de mes amis se vanter d'ĂȘtre plongeur aux pĂȘcheurs d'Ă©taples. En fait, il faisait la plonge dans un resto de poissons.
