Donnez votre visage à L'Ordinateur.
Je suis tombé aujourd’hui sur un manifeste intitulé "Never Give Them Your Face" (Ne leur donnez jamais votre visage). Un discours fort et prononcé contre la politique montante de vérification biométrique de l’identité des utilisateurs, sous prétexte de protéger les enfants.
Entre parenthèses, cette politique est le fruit d’un lobbying sponsorisé par Meta/Facebook du côté américain et anglo-saxon. Mais cela fait déjà écho au sein des institutions européennes.
Cette politique pourrait éventuellement porter un coup de grâce à notre bon vieux réseau social artisanal et discret, en ligne depuis 25 ans : Parano.be
Ce manifeste a plongé mon cerveau dans une dissonance cognitive : je suis farouchement contre le traçage biométrique et le fait de devoir prouver à d’illustres inconnus que l’on est adulte pour utiliser et consommer des services internet.
Alors que, paradoxalement, depuis maintenant 25 ans sur Parano.be, j’ai mis en place le mécanisme des NoFake pour filtrer les faux comptes, enfermer les enfants dans des congélateurs et instaurer un système hiérarchique de confiance basé sur la frimousse obligatoire. Je suis contre cela, et pourtant, je l’ai déjà mis en place depuis 2003.
Je n’ai pas de réponse immédiate, si ce n’est que je vais probablement passer les inscriptions en mode "sous invitation uniquement" pour ne pas devoir gérer cette responsabilité supplémentaire.
Pour les currieux, ci-dessous, je vous partage l’intégralité du texte en français ainsi que le lien vers la source en anglais.
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Never Give Them Your Face
https://nevergivethemyourface.com/
Ils veulent votre visage. Ils appelleront cela de la sécurité. De la vérification. De la garantie d’âge. Un petit pas pour protéger les enfants. Mais une fois le jargon mis de côté, l’exigence est claire : avant de pouvoir parler, publier ou lire, vous devez d’abord prouver qui vous êtes. Et la seule méthode qu’ils ont trouvée pour le faire, c’est d’utiliser votre pièce d’identité officielle, ou de placer votre visage face à une caméra qui décidera si vous êtes assez âgé pour qu’on vous fasse confiance. C’est le compromis qui est actuellement inscrit dans la loi sur trois continents, et vous êtes censé l’accepter sans faire de vagues. Ne le faites pas.
Personne ne conteste que l’Internet peut faire du mal aux enfants. Cette détresse est réelle, mais elle est exploitée. Voici l’astuce : pour s’assurer qu’aucun enfant n’est présent, un service doit vérifier tout le monde. Chaque adulte passe par le point de contrôle. Une loi rédigée pour les jeunes de seize ans se transforme discrètement en une obligation d’identification pour l’ensemble d’Internet. On ne contrôle pas votre identité parce que l’on vous soupçonne de quoi que ce soit. On la contrôle parce que ce contrôle est devenu le prix d’entrée pour exister sur le Web.
Nous effectuons des vérifications d’antécédents pour ceux qui veulent acheter une arme à feu, mais nous ne vérifions pas les antécédents de tout le monde en permanence, juste au cas où. C’est pourtant exactement ce qui est prévu ici. C’est un contrôle de permis à l’entrée de chaque conversation, appliqué à tous, et justifié par une minorité. Ce n’est pas une vérification d’âge. C’est une vérification d’identité.
Observez le glissement sémantique. Tout ce système a été vendu comme une garantie d’âge, ce qui se résume à une question fermée : avez-vous plus de dix-huit ans ? Mais presque aucun de ces systèmes n’est conçu pour répondre uniquement à cela. Ils sont conçus pour savoir qui vous êtes : votre nom, votre date de naissance, le numéro de votre document, votre visage. Il ne s’agit pas du tout de vérification d’âge. C’est un pistage d’identité forcé. Votre identité dans le monde réel capturée non seulement par Meta, Facebook, Twitter, Instagram, etc., mais largement partagée avec toutes ces agences douteuses dont vous craignez déjà qu’elles « détiennent toutes vos données ».
Citez les plateformes qui exigent aujourd’hui une « vérification d’âge » et comptez combien d’entre elles accepteraient un simple document officiel indiquant uniquement que vous avez plus de dix-huit ans — et rien d’autre. Presque aucune. Parce que l’âge n’a jamais été le véritable enjeu.
Nous avons passé une génération à enseigner la première règle d’Internet : ne donnez jamais votre véritable identité à des inconnus. Nous avons un mot, le doxxing, pour qualifier le fait d’infliger cette exposition à quelqu’un contre son gré. Et maintenant, ces mêmes gouvernements et plateformes demandent à chaque citoyen de se l’infliger à lui-même, volontairement, comme condition sine qua non pour se connecter. Vous pouvez changer un mot de passe. Vous ne pouvez pas changer de visage.
Un mot de passe fuité est un désagrément. Vous le réinitialisez et vous passez à autre chose. Votre visage, votre permis de conduire, la géométrie unique qu’un scanner réduit à un nombre ne peuvent pas être réinitialisés. Un scan facial n’est pas une photographie. C’est une cartographie tridimensionnelle de vous-même, un modèle biométrique suffisamment précis pour être comparé ultérieurement aux images d’une caméra de surveillance au coin d’une rue. Lorsque vous le livrez, il réside sur le serveur de quelqu’un d’autre, souvent un prestataire tiers que vous n’avez pas choisi, que vous ne pouvez pas nommer, et à qui vous ne pouvez pas demander de comptes.
Chacune de ces bases de données est un pot de miel (une cible de choix pour les pirates). Le vérificateur promet que vos documents sont supprimés dès qu’ils ont été contrôlés. Ils ne sont pas toujours supprimés, et cette promesse ne vaut plus rien le jour où l’entreprise subit une faille de sécurité. Rappelez-vous ces vingt dernières années et les abonnements inutiles à 17,99 $ de type Equifax IDentityGuard+ offerts suite à toutes ces fuites de données ? C’est déjà arrivé, et cela arrivera encore, sauf que cette fois, ce n’est pas votre e-mail, votre mot de passe haché ou même votre numéro de sécurité sociale. C’est votre visage et votre passeport qui sont à vendre sur le dark web. Cela ne fonctionne pas — et cela aggrave le danger.
Voici l’insulte qui s’ajoute à la blessure : le système échoue à la seule chose qu’il promet d’accomplir. Des adolescents déterminés contournent les barrières d’âge aussi naturellement que s’ils respiraient — un identifiant emprunté, un VPN, une case à cocher, un compte vérifié acheté pour le prix d’un café. Quelques heures seulement après le déploiement de tranches d’âge par une plateforme, des comptes pré-vérifiés pour tous les âges étaient déjà en vente sur eBay. Les adolescents se fraient un chemin à la machette à travers les technologies conçues pour les « protéger » ou les limiter, de la même manière que l’eau s’infiltre dans les fissures d’un mur. Ils ont tout le temps du monde, toutes les motivations possibles, ainsi que la structure sociale et les canaux de discussion cachés nécessaires pour y parvenir.
Pire encore, l’architecture construite pour « protéger » les enfants peut les mettre en danger. Triez les utilisateurs dans des enclos classés par âge et non seulement vous n’aurez pas arrêté le moindre prédateur, mais vous aurez créé un index d’enfants, un annuaire, un moyen de filtrer directement pour trouver des enfants. Les adolescents expulsés des plateformes grand public n’arrêtent pas d’aller en ligne (voir le point sur l’eau ci-dessus). Ils migrent vers des recoins plus petits, plus sombres et non modérés, loin de la supervision même qui était censée assurer leur sécurité. Les enfants ne sont pas sauvés. La surveillance est la seule chose qui survit intacte. En sécurité maintenant, et après ???
La base de données que vous aidez à construire pour un gouvernement digne de confiance ne restera pas entre de bonnes mains. Les gouvernements changent. Un registre qui se contente de cataloguer qui vous êtes aujourd’hui devient, sous un futur gouvernement, une carte indiquant qui trouver. Nous savons déjà que les agences fédérales espionnent les citoyens en masse : qui a assisté à quelle manifestation, qui a lu tel forum, qui appartient à tel groupe. Les gens ont raison d’avoir peur de ce qu’un régime hostile ferait d’une liste toute prête. Les données n’oublient pas, et elles ne prennent pas parti. Elles attendent simplement le prochain à s’en emparer.
L’Internet tout entier commence à ressembler au bureau : tout le monde est trop effrayé pour dire autre chose que des banalités inoffensives, de peur qu’un vrai nom attaché à une vraie opinion ne leur coûte un vrai travail. Une position de principe
La plupart des gens s’en accommodent, en s’appuyant sur les mêmes faux-fuyants discrédités du type « je n’ai rien à cacher » qui sont toujours ressortis dans ce genre de conversation. Les sondages montrent qu’une écrasante majorité souhaite que les enfants soient protégés en ligne, et une grande majorité affirme soutenir la vérification de l’âge dans l’absolu.
Ce n’est pas un concours de popularité, et le refus n’est pas un vote que vous essayez de gagner. Un régime de vérification n’a pas besoin de votre approbation — il a besoin de votre participation. Il ne fonctionne que si presque tout le monde s’y plie. L’objectif du refus n’est pas de persuader une majorité avant d’agir ; c’est de refuser au système la coopération universelle dont il a absolument besoin pour fonctionner. Vous n’avez pas besoin de remporter le sondage. Ne téléversez simplement pas la photo. Ne leur donnez jamais votre visage.
Si Starbucks demandait à scanner votre pièce d’identité et à l’intégrer dans une base de données nationale pour vous vendre un latte, accepteriez-vous ? Non, parce que vous accordez plus de valeur à votre identité qu’à votre latte. N’accordez-vous pas plus d’importance à votre identité qu’à la possibilité de voir un vague cousin publier ses opinions politiques répugnantes ou la photo du chien de quelqu’un d’autre ? Je ne suis qu’une personne
En théorie, nous, simples utilisateurs d’Internet, pouvons arrêter tout ce système en nous désengageant, en boycottant le processus. Imaginez un « Mois national du choix de l’identité », où personne n’utiliserait de plateforme exigeant son visage, personne ne se connecterait, personne ne verrait de publicités, personne n’achèterait de produits sponsorisés. Les plateformes subiraient des baisses de revenus massives, et il y aurait un lobbying intense pour annuler ces lois désastreuses. Nous pouvons le faire. Le seul mot qu’ils ne peuvent pas contourner est non.
Ces systèmes reposent sur la soumission. Ils partent du principe que vous allez soupirer, télécharger la photo et passer à autre chose. Tout leur modèle économique en dépend. Ce qui est aussi leur faiblesse. Un mur de vérification que personne ne franchit est un mur devant lequel il n’y a plus personne.
Alors, refusez. Refusez le scan. Refusez le téléversement. Fermez les comptes qui l’exigent et dites-leur, par écrit, exactement pourquoi vous partez. Les plateformes ont beaucoup plus besoin de vous que vous n’avez besoin d’elles. Vous pouvez vivre sans leur fil d’actualité, elles ne peuvent pas vivre sans la foule. Ne vous soumettez pas par anticipation. Le visage sur votre pièce d’identité est la chose la plus permanente que vous possédez.
Ne leur donnez jamais votre visage.
Par contre je ne m'attends pas à ce que la démarche de refus soit dominante. Ce n'est pas la première fois que des technologies ou des protocoles posent question, mais que la masse s'engouffre. Pour des arguments fallacieux ou par simple intérêt pour le "progrès".
Combien de temps avant que ce genre de scan soit intégré à des fonctions, par exemple publiques, incontournables ?
Et je dis ça alors que je suis arrivé je n'avais que 17ans et j'ai éviter de peu au flag "ADO", et que j'écrivais de façon horrible, je m'en suis rendu compte en allant revoir d'anciens commentaires 🤣
D'ailleurs je rigole sur le controle de youtube par exemple, dans un sens ils disent "vérifier votre identité en nous envoyant une copie de votre carte d'idendité" pour prouvé qu'on est bel et bien majeur...
Dans leur demande ils disent "masquer les données sensibles" (photo et numéro de registre national), mais quand on le fait on obtient un refus automatique du système... Ce qui m'avait forcé à envoyer une demande à youtube une copie de preuve (sur l'honneur) de la destruction de ma pièce d'idendité....
Je suis d'ailleurs contre le scan systématique de nos visages comme ils le font déjà dans certains pays avec les caméras.
