📰 chRonique : Les voyages forment la jeunesse — Épisode I

Un article de Fantomas-2
Publié le 24/06/2026
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Article public d'intéret général
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Conforme ou séditieux?

4h du matin. À l’arrière d’un 4x4 qui roule depuis une heure en direction de l’aéroport, je comate doucement. Au loin, dans la pénombre qui précède l’aurore, une grande ombre se dessine, menaçante, puis se révèle être un cowboy géant souriant arborant fièrement une Marlboro. Rappel, s’il en était besoin, que le Mexique, c’était vraiment différent de chez moi. C’était. Oui, toutes les bonnes choses ont une fin. Je regarde mes compagnons de route. Il y a un mois je ne les connaissais pas. Et maintenant ils sont responsables de mon retour à bon port. En tant que mineur, il parait que je ne peux pas me débrouiller tout seul. Et c’est vrai que je ne parle pas un mot d’espagnol. Enfin, si je connais bien un mot : cerveza. Pas faute d’avoir essayé «jugo de naranja», mais pardon d’avoir à vous le dire, la jota, c’est imprononçable. Et là bas, vous ne voulez pas boire l’eau locale de toute façon. Revenons à mes compagnons : chauffeur mis à part, ils dorment. Perso, je préfère profiter des derniers instants dans un environnement normal. On s’apprête quand même à passer 20h d’avion et aéroports en low cost, je ne m’attends pas à ce que ce soit spécialement agréable, alors autant garder son sommeil pour plus tard.

Si j’avais su…

On sort de l’espèce de route suspendue qui arrive vers l’aéroport. Comme tout le monde se réveille, mon esprit décide de faire une boutade dont j’ai le secret, histoire d’extirper de leur torpeur ceux qui émergent doucement.

—«J’espère que personne n’a oublié ses billets, parce que maintenant c’est trop tard! »

Pas de quoi être particulièrement fier, je reconnais. Mais je vous parie que vous allez quand même trouver ça drôle. Car au moment même où la dernière syllabe sort de ma bouche, une vision s’empare de moi. J’aimerais pouvoir vous dire que, tel Bernadette en Lourdes, je fus frappé par l’Auguste présence dont la majesté émotionnante m’aurait porté au firmament d’une ineffable révélation… Malheureusement, mon épiphanie se trouve être bien plus prosaïque : une simple vision du passé. La veille au soir, vision du moment précis où je pose mes billets sur la commode de la chambre. Puis du moment où je fais mon sac, ma valise, finis de préparer mes affaires et me couche. Puis du moment du réveil. Et puis du départ avant lequel je vérifie 42 fois que je n’ai rien oublié. Et finalement du moment de monter dans le 4x4. Sans qu’à aucun moment, aucune vision de moi prenant ces maudits billets ! Et ma vision de s’estomper, fondu au noir sur l’enveloppe encore sur la commode. Ce à quoi je ne peux que répondre, à ma propre boutade :

—«Oh merde…»

Nous voici donc à l’aéroport, et je concède qu’en fait, ça a des côtés pratiques un adulte. Enfin seulement ceux qui parlent espagnol, faut pas pousser non plus. Annie, la maman du groupe, règle le problème : je peux faire mon enregistrement sans souci. Même si Annie peste.

—«La compagnie n’était vraiment pas commode, j’ai du menacer d’appeler le consulat de France pour les prévenir qu’un mineur risquait d’être coincé seul à l’aéroport ».

Petite mise en bouche : on aura l’occasion de reparler d’appels téléphoniques et du consulat de France, chaque chose en son temps. Cela dit, pour l’heure, tout ce que je pense, c’est que pour une compagnie qui s’appelle Rich International Airways, je trouve ça chiche. Mais pas d’inquiétude, on aura aussi l’occasion de reparler de la rigidité de la compagnie. Du coup, on se dirige vers l’embarquement. On fait la queue, on s’assoit, on refait la queue, on reste debout parce qu’il n’y a plus de place assise, puis on refait la queue et après un temps qui semble se compter en milliards de millénaires, on embarque enfin dans l’avion, on s’installe aussi confortablement qu’un DC10 le permet et on s’apprête à partir en direction la première escale, Miami.

45 minutes plus tard, on n’a pas bougé d’un pouce (faut s’adapter, ils connaissent pas les cm ici). C’est le moment où le pilote décide de faire une annonce. En espagnol. Avant de parler de ladite annonce, une précision d’importance : pour ceux qui ignoreraient, l’aéroport de Mexico est à plus de 2200m d’altitude. Moi je le savais pas avant d’y mettre les pieds, donc aucune honte hein. Et donc, le pilote a fait une annonce en Espagnol, et je suis sûr qu’il n’était question ni de jugo de naranja ni de cerveza. Je demande donc à ma voisine, Flora, la cadette de la famille, ce qu’a dit le pilote. Vous savez, ces moments qui sont si particuliers qu’ils restent gravés en vous à jamais ? Bah sa réponse en fait partie. Aussi, même si c’était il y a plus d’un quart de siècle, je peux vous citer les mots exacts, assénés comme s’ils étaient la chose la plus normal du monde :

—« Oh, c’est juste qu’à cause de l’altitude de Mexico, l’avion a des problèmes, c’est pour ça qu’on peut pas décoller ». Je la fixe en silence. Intensément. Elle semble ne pas comprendre.
—« L’altitude ? L’avion a des problèmes à cause de… l’altitude ? C’est pas l’idée, à la base, qu’un avion soit, justement, en altitude ??? »

Et là, paf : elle réalise. Et elle réalise qu’on semble être les seuls à avoir réalisé. Apparemment, le ton confiant du pilote semble suffisant pour que ça passe comme une lettre à la poste. Et puis, avant qu’on puisse s’en inquiéter plus, on commence à bouger. Plus tard, lors du procès (oui, spoiler, c’est une de ces histoires qui méritent un procès), nous apprendrons que l’altitude n’avait absolument rien à voir avec les problèmes de notre avion. La réalité était bien plus fun, je dirais même, truculente. L’ordinateur de vol ne voulait simplement pas démarrer. Et du coup, qu’ont décidé les pilotes ? Et bien de faire le vol en manuel pardi ! Mais ça à l’époque, on l’ignore. On vole donc tranquillement vers Miami, et comme tout va bien, cette histoire d’altitude est presque oubliée lorsque vient le moment de se préparer à l’atterrissage.

Si on prend la définition technique aéronautique de l’atterrissage, à savoir « Action de prendre contact avec le sol », alors aucun problème, nous avons atterri, sémantiquement parlant. Contact il y a eu, je vous garantis que personne n’a pu le louper ! Imaginez la scène suivante : vous êtes en phase de descente dans la rangée du milieu d’un avion. Trop loin pour voir les hublots, mais vous sentez quand même que quelque chose n’est pas comme ça devrait. Quand vous regardez autour de vous, toutes les personnes qui le peuvent regardent par leur hublot, ou celui de leur voisin, le font et murmurent à leur voisin, avec un air qui se situe quelque part entre inquiet, agité et paniqué. Mais vous ne pouvez pas vous lever, ni trop bouger. Et au moment où vous vous décidez à demander ce qu’il se passe, sans prévenir, le sol vous rappelle qu’il est plus fort que vous. En une fraction de seconde, un énorme SCHBAM retentit jusque dans nos os -surtout le coccyx- et on se rend compte qu’on ne vole plus, on roule. L’avion quant à lui, décide de nous rappeler que le sol est plus fort que lui aussi : un pan entier des faux plafonds au-dessus des bagages de la rangée de droite décide que c’est plus drôle de pendouiller mollement dans le vide plutôt que de rester sagement en place. Ce faisant, ils libèrent une espèce de vapeur blanchâtre à rendre jaloux n’importe quel accessoiriste voulant préparer une ambiance spéciale Halloween. La vapeur se répand dans la cabine et se trouve être glaçante. Littéralement : on a les poils de bras qui cristallisent. Je ne sais pas à ce jour ce que c’était (lors du procès, cela été décrit comme “un signe manifeste du manque d’entretien de la climatisation »), mais c’était probablement proche de 0°C. Heureusement, nous sommes à Miami : je me dis qu’on ne va pas avoir froid très longtemps et que nous allons bien vite profiter du soleil réparateur. À peine ai-je fini de formuler cette pensée, que je découvre, interloqué, que l’équipage commence à nous distribuer des couvertures….

Évidemment, vous vous doutez bien qu’on demande à l’équipage ce qui se passe. Trois fois rien nous assure-t-on : l’atterrissage a été « un peu sport » –tu m’étonnes sans ordinateur de bord– du coup les portes se sont bloquées et il faut juste attendre que des techniciens viennent les débloquer. Et avant que quelqu’un n’objecte que les toboggans de secours sont faits pour ça, l’équipage ajoute « Et tant que la vie des passagers n’est pas menacée, la compagnie n’est pas obligée de déclencher la fonction de secours avec les toboggans, ça coûte très cher à remettre en état après ». Décidément, ils sont vraiment bien nommés chez Rich Airways. Et donc, on attend, dans le fameux froid glacial de Miami. Plus tard, un de ceux qui étaient aux hublots m’a raconté que pendant qu’on se les caillait, il y avait un défilé de badauds en short, chemise à fleurs et lunettes de soleil qui venaient regarder l’appareil en se marrant et nous pointant du doigt. À tout prendre, je suis peut-être chanceux de ne pas avoir de hublot finalement. Puis, au bout d’un temps infini, les portes s’ouvrent enfin…

Ă€ suivre...

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