Saviez-vous que nous avons tous des névroses et des traumatismes ?
Mais que nous ne sommes pas tous prédisposés à les assumer et les verbaliser ?
Quand on parle de traumatisme ou de névrose, beaucoup imaginent immédiatement quelque chose de “grave”, de spectaculaire, ou réservé à certaines personnes.
Comme si souffrir psychiquement nécessitait forcément un événement exceptionnel.
En réalité, la psyché humaine se construit avec des blessures.
Toutes les personnes en portent. Absolument toutes.
La différence ne se situe pas uniquement dans l’existence de ces blessures.
Elle se situe surtout dans la manière dont chacun apprend — ou non — à les reconnaître, les supporter, les penser et les verbaliser.
Certaines personnes ont grandi dans des environnements où les émotions pouvaient être exprimées.
D’autres ont appris très tôt que montrer sa tristesse, sa peur ou sa colère était dangereux, inutile ou honteux.
Alors le psychisme s’adapte.
Parfois, il transforme la souffrance en hypercontrôle.
Parfois en perfectionnisme.
Parfois en humour permanent.
Parfois en évitement.
Parfois en colère.
Parfois en silence.
Et souvent, ce qui n’a pas pu être dit finit par se déplacer ailleurs.
Le corps parle.
L’anxiété parle.
Les relations parlent.
Les addictions parlent.
Les crises parlent.
Les TOC parlent.
Les réactions disproportionnées parlent.
Même certains comportements “de réussite” peuvent parfois devenir une manière de ne jamais s’arrêter pour ressentir.
Le problème, c’est que notre société valorise énormément les personnes qui “tiennent”.
Celles qui encaissent.
Celles qui avancent sans se plaindre.
Mais tenir n’est pas toujours aller bien.
Certaines personnes verbaliseront très facilement leur souffrance.
D’autres auront besoin de plusieurs années avant même de comprendre qu’elles souffrent réellement.
Et ce n’est pas une question de faiblesse.
C’est souvent une question d’histoire psychique.
Quand un enfant grandit avec l’idée qu’il doit être fort pour protéger les autres, il peut devenir un adulte incapable de demander de l’aide.
Quand quelqu’un a appris que ses émotions dérangeaient, il peut finir par ne même plus savoir ce qu’il ressent.
Quand une personne a survécu grâce au contrôle, elle peut vivre la vulnérabilité comme un danger.
C’est aussi pour cela que certaines personnes arrivent en thérapie en disant :
> “Je n’ai pas de traumatisme.”
> “Je n’ai pas de raison d’aller mal.”
> “D’autres ont vécu pire.”
Comme si la souffrance devait mériter le droit d’exister.
Pourtant, le psychisme ne fonctionne pas comme un classement objectif des douleurs.
Deux personnes peuvent vivre un événement similaire et ne pas du tout l’intégrer de la même manière.
Ce qui compte, ce n’est pas uniquement l’événement.
C’est aussi :
- l’âge auquel il survient,
- les ressources psychiques disponibles,
- le soutien reçu,
- la sécurité affective,
- la possibilité de parler,
- et la manière dont le cerveau a appris à survivre.
Certaines blessures deviennent donc visibles.
D’autres restent profondément enfouies derrière des mécanismes très efficaces.
Parfois même, les personnes les plus “fonctionnelles” sont aussi celles qui ont appris très tôt à couper l’accès à certaines parts d’elles-mêmes.
Verbaliser une souffrance demande finalement énormément de choses :
- se sentir suffisamment en sécurité,
- accepter de perdre un certain contrôle,
- reconnaître sa vulnérabilité,
- et parfois déconstruire toute une identité construite autour du “je vais bien”.
C’est pour cela qu’il faut faire attention aux jugements rapides.
Une personne qui ne parle pas de sa souffrance n’est pas forcément une personne qui ne souffre pas.
Parfois, elle n’a simplement jamais appris qu’elle avait le droit de le faire.
Et que ceux qui résistaient aux émotions négatives, avaient plus de chances de développer des symptômes psychiatriques que les autres.
Et, plus contre intuitif encore, ceux qui accepteraient de ressentir les émotions négatives, les ressentieraient bien moins sur le long terme que ceux qui les combattent.
Une raison de plus qui me conforte dans l'idée que lutter contre la culture du patriarcat est nécessaire à tous, pas seulement aux femmes...
