Tendances 2026
Il n’y a pas de “tendance 2026”
Il y a des mouvements qui continuent, d’autres qui s’infiltrent, et quelques artistes qui servent de points d’accroche provisoires pour essayer de comprendre ce qui se déplace dans l’art contemporain.
Pas de manifeste clair. Pas de rupture nette. Plutôt une série de glissements.
Refik Anadol — images sans surface
Refik Anadol travaille à partir d’ensembles de données transformés en environnements visuels.
Ses installations ne représentent rien de stable. Elles génèrent des images comme des états provisoires.
On ne regarde plus une œuvre. On traverse un système.
Hito Steyerl — la circulation comme matière
Hito Steyerl continue d’observer ce que les images font au monde lorsqu’elles circulent trop vite.
Ses films et installations ne cherchent pas vraiment à raconter. Ils rendent visibles des infrastructures habituellement invisibles :
- économie de l’attention
- extraction des données
- compression du réel
Chez elle, l’image n’est jamais autonome. Elle est déjà prise dans un réseau.
Anne Imhof — durée, tension, épuisement
Anne Imhof construit des espaces où les corps restent sans résolution.
Les performances s’étirent. Les figures semblent attendre quelque chose qui n’arrive jamais.
Il n’y a pas de narration claire. Seulement une intensité maintenue.
Le spectateur ne “comprend” pas : il traverse.
Tino Sehgal — disparition de l’objet
Tino Sehgal poursuit une ligne radicale : aucune trace matérielle.
Ses œuvres existent uniquement dans l’instant de leur activation.
Elles ne sont ni documentées ni stockées.
Ce qui reste, c’est le souvenir d’une situation sans forme fixe.
Trevor Paglen — voir ce qui ne devrait pas être vu
Trevor Paglen travaille à partir de systèmes militaires, de surveillance et d’infrastructures cachées.
Il photographie — ou rend visibles — des zones qui ne sont pas pensées pour être regardées.
Ses images ressemblent moins à des représentations qu’à des extractions.
Jon Rafman — mondes dérivés
Jon Rafman explore des espaces numériques secondaires : avatars, mondes abandonnés, récits fragmentés.
Ses œuvres donnent l’impression de dériver dans des environnements mentaux saturés d’images.
On y circule sans savoir si l’on est encore dans un espace réel… ou déjà dans une simulation de mémoire.
Imhof / Steyerl / Rafman — un même symptôme
Pris ensemble, ces artistes ne dessinent pas une tendance.
Ils révèlent plutôt un déplacement commun :
- l’image n’est plus stable
- le corps est exposé, surveillé ou contraint
- le récit se fragmente
- la perception devient une durée instable
Ce qui traverse 2026
Les œuvres ne se laissent plus résumer facilement.
Elles fonctionnent comme :
- des environnements
- des systèmes
- des situations
Le centre n’a pas disparu.
Il est devenu multiple, instable, parfois invisible.
