La sculpture qu’on croise sans la voir
On pense souvent que la sculpture vit dans des musées silencieux, posée sur un socle blanc, regardée par des gens qui toussent discrètement.
En réalité, une bonne partie de la sculpture vit dehors. Dans la rue. Dans les parcs. Sur les places. Parfois devant un centre commercial. Et surtout : on passe devant sans la regarder.
Pas par manque de culture. Par saturation visuelle. Par habitude. Parce qu’une œuvre devient vite du décor dès qu’elle partage l’espace avec les poubelles, les vélos et les gens pressés.
La sculpture publique : visible, mais pas vue
La sculpture publique a un problème étrange : elle est permanente. Et ce qui est permanent devient invisible.
On ne regarde pas un banc. On ne regarde pas un lampadaire. On finit par ne plus regarder certaines œuvres non plus.
Certaines sculptures sont même devenues des points GPS émotionnels plutôt que des œuvres :
> “On se retrouve à la statue.”
Pas :
> “On se retrouve devant cette œuvre qui parle de mémoire, de matière, d’espace et du rapport au corps.”
Quand la sculpture te regarde plus que tu ne la regardes
Certaines œuvres sont pourtant pensées pour agir physiquement sur toi.
Le travail de Richard Serra en est un bon exemple. Ses immenses plaques d’acier ne sont pas faites pour être “jolies”. Elles modifient l’espace. Elles modifient ta trajectoire. Parfois, elles donnent même l’impression que le métal pourrait bouger.
Tu ne regardes pas l’œuvre. Tu es dedans.
Mais après quelques passages quotidiens, même ça peut devenir… normal.

La sculpture qui devient décor malgré elle
À l’inverse, certaines œuvres ont été pensées comme choc visuel et sont devenues du paysage.
Les sculptures monumentales de Niki de Saint Phalle, par exemple, étaient à la base radicales : corps exagérés, couleurs violentes, présence presque agressive.
Aujourd’hui, dans certains espaces publics, elles sont photographiées, contournées, utilisées comme point de rendez-vous.
Elles sont passées de provocation à mobilier émotionnel.

L’effet “on la voit partout donc on ne la voit plus”
Certaines sculptures sont devenues tellement iconiques qu’elles disparaissent dans leur propre célébrité.
Les œuvres monumentales de Anish Kapoor fonctionnent souvent comme ça : surfaces miroir, formes pures, objets presque irréels.
Au début : fascination. Après : décor touristique. Puis : fond visuel pour selfies.
Et puis il y a la sculpture qu’on ne sait même pas identifier comme sculpture
Le street art joue aussi sur cette frontière.
Quand Banksy intervient sur un mur, la question revient toujours : Est-ce une œuvre ? Un acte politique ? Un graffiti ? Un objet urbain temporaire ?
Et surtout : combien de gens passent devant sans savoir qu’ils passent devant une œuvre ?

Peut-être que c’est ça, la vraie vie de la sculpture
Pas le musée. Pas le cartel explicatif. Pas la lumière parfaite.
Mais :
- la pluie
- la pollution
- les pigeons
- les chewing-gums
- les gens pressés
- les gens qui s’en foutent
- et parfois quelqu’un qui s’arrête, cinq secondes, sans trop savoir pourquoi
Peut-être que la sculpture publique n’est pas faite pour être regardée en permanence. Peut-être qu’elle est faite pour exister dans le bruit du monde.
Et que le moment où on la voit vraiment — c’est justement le moment où on réalise qu’elle était là depuis des années.
Dans un autre genre, y'a Thierry Jaspart avec ces tags "J'existe" il met aussi des autocollants. IL fait aussi "Fuck Thierry Jaspart"
Il est mal vu dans le monde de l'urbex, pour ceci notamment :

J’aime beaucoup l’arc majeur en acier sur l’autoroute près de Lavaux Saint Anne. Je ne m’en lasse, j’ai une vraie admiration à chaque fois.

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