Jacques Dutronc

Un article de Fantomas-2
Publié le 13/04/2026
Dans la section #NSTL
Article public d'intéret général
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Jacques Dutronc, c’est cet artiste qui, pour l’époque, était hors sol, et vraiment pas comme les autres. Alors que ces derniers chantent, ou interprètent avec talent, avec emphase ou consciencieusement, lui, il a l’air de s’en foutre comme de l’An Quarante et limite de chanter par-dessus son épaule, comme s’il avait mieux à faire mais qu’il acceptait quand même de nous offrir un tube au passage.

Un demi-sourire, des lunettes noires, une nonchalance travaillée : Dutronc, c’est l’élégance du type qui fait mine de ne pas y toucher, tout en touchant juste.

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Dans les années 60, pendant que la vague yéyé bat son plein, Dutronc débarque avec Et moi, et moi, et moi, qu’il a écrite pour impressionner Françoise Hardy ; une chanson légère en apparence, mais qui pique là où ça compte puisqu’il y égrène les malheurs du monde, avant de conclure qu’au fond, ce qui l’inquiète le plus, c’est lui-même. Le culot absolu, avec pour résultat un tube immédiat et une carrière qui démarre sur les chapeaux de roue.

Il enchaîne avec Les Play Boys, où il se moque gentiment des séducteurs en costume ajusté. Ironie suprême : avec son allure de dandy détaché, c’est lui qui devient l’icône dans un sublime effet boomerang.

Derrière ces chansons, il y a aussi la plume affûtée de Jacques Lanzmann, son complice d’écriture. Ensemble, ils fabriquent des textes malins, un peu absurdes, souvent très drôles. Un humour à froid, livré sans clin d’œil appuyé. Chez Dutronc, le second degré ne prévient pas quand il arrive, le tout avec l’art de ne pas avoir l’air d’y toucher.

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Sur scène, il a longtemps cultivé un style minimaliste : peu de gestes, un regard mi-amusé mi-distant, et cette façon de mâchonner les mots comme s’il les testait avant de les laisser sortir. Il a même confié un jour qu’il n’aimait pas spécialement répéter, ce qui, chez un chanteur, est tout de même audacieux !

On raconte aussi qu’en studio, il pouvait enregistrer une prise parfaite, puis refuser d’en faire une deuxième parce que « ça ira bien comme ça ». Une philosophie de vie, en somme.

Et puis il y a J’aime les filles, déclaration faussement simple et définitivement entêtante. Dutronc y affirme ses goûts avec un sérieux imperturbable, ce qui rend le tout irrésistiblement drôle. Chez lui, la provocation est toujours servie avec un gant de velours.

Et pourtant, Dutronc, c’était en réalité un amoureux discret !

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Impossible de parler de lui sans évoquer Françoise Hardy, sa compagne de toujours (ou presque puisqu’ils ont fini par procéder par séparation de corps plutôt que de divorcer). Leur histoire a traversé les décennies, les modes et les silences, faisant d’eux un couple mythique, discret, loin des éclats tapageurs. À leur manière, ils ont inventé la version chic du « on s’aime, mais chacun chez soi ».

Leur fils, Thomas Dutronc, a d’ailleurs hérité du sens musical familial, avec un goût marqué pour le jazz manouche et une élégance qui ne doit rien au hasard.

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Ceux qui pensaient que Dutronc se contenterait de faire le malin à la guitare ont été surpris de le voir crever l’écran au cinéma. Dans Van Gogh de Maurice Pialat, il campe un Van Gogh habité, rugueux, presque inquiétant, rôle qui lui fera décrocher un César. Comme quoi, sous les lunettes noires, il y avait du feu que cela pouvait même être muy caliente. Il tournera aussi avec Jean-Luc Godard, preuve que son flegme naturel plaisait aux cinéastes exigeants.

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Avec le temps, il s’est fait plus rare et s’est installé en Corse, loin du tumulte, cultivant l’art de l’absence, où il vit tranquille avec ses animaux.

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Chaque retour sur scène devient alors un petit événement. Il arrive, chante ses classiques comme Il est cinq heures, Paris s’éveille — sans doute l’une des plus belles déclarations d’amour matinal à la capitale — et repart presque sur la pointe des pieds.

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Impossible de finir cet article sans vous parler de l’opportuniste ou fais pas ci, fais pas ça qui a même servi de générique à la série éponyme, ou même des Vieilles Canailles, le supergroupe qu’il a fondé avec Johnny Hallyday et Eddie Mitchell.

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Et c’est peut-être ça, le secret Dutronc : donner l’impression qu’il pourrait arrêter demain, qu’il n’a rien à prouver, sans jamais chercher à être une légende, mais en faisant juste semblant de ne pas l’être. Et c’est précisément pour ça qu’il en est devenu une !

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3 commentaires
Un Intrus
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Honnêtement Dutronc j'aime bien mais comme ça... Ça passe c'est bien ça passe pas ça me manque pas... Il n'est dans aucune de mes playlist mais je ne peux pas dire que j'aime pas... J'y penses juste pas mais j'aime bien
Chose
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T'y penses et puis t'oublies, c'est la vie c'est la vie, quoi !
Le surveillant
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Du signe du taureau, un esthète, une grande plume, un faux misogyne, un véritable séducteur, humour caustique, playboy des magazines, sa relation fusionnelle avec Mme Hardy (paix à son âme), malgré leur petit jeu du chat et de la souris entre eux.. Et d'ailleurs l'un de mes titres préféré de Mr Dutronc est son duo avec Mme Hardy ("Puisque vous partez en voyage"), ma jeunesse, le bon vieux temps malgré mon portefeuille en ce moment rempli de cactus :)) Bref un grand homme lui aussi :)
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