Le deuil blanc : perdre quelqu’un… qui est encore vivant
Il existe des pertes que personne ne reconnaît.
Pas de faire-part.
Pas de cérémonie.
Pas de condoléances.
Et pourtant, la douleur est réelle.
Le deuil blanc, c’est cela : faire le deuil d’une personne qui est toujours en vie.
Un parent dont on coupe les ponts.
Un enfant devenu inaccessible.
Un conjoint présent physiquement mais absent affectivement.
Un proche atteint d’une maladie psychiatrique ou neurodégénérative.
Le corps est là.
Le lien, lui, ne l’est plus.
Une perte sans reconnaissance sociale
Dans un deuil “classique”, la société encadre la perte. Il y a des rituels, un temps d’arrêt, une validation collective de la souffrance.
Dans le deuil blanc, rien de tout cela.
On continue à croiser la personne.
Ou à savoir qu’elle existe quelque part.
Parfois même, on nous répète : “Mais enfin, elle est toujours là.”
C’est précisément ce qui rend la douleur plus complexe.
Parce que ce que l’on perd n’est pas la personne biologique.
C’est la relation que l’on espérait.
Le deuil d’une illusion
Souvent, le deuil blanc n’est pas seulement la perte d’un lien présent. C’est la perte d’un espoir.
L’espoir qu’un parent change.
L’espoir qu’un jour il comprenne.
L’espoir qu’un conjoint redevienne celui qu’il était.
Ce deuil touche à quelque chose de très archaïque : le besoin d’attachement sécurisé.
Accepter que cela ne viendra peut-être jamais, c’est une rupture intérieure majeure.
L’impact psychologique : une ambivalence constante
Le deuil blanc crée une tension permanente.
On peut ressentir :
- De la tristesse
- De la colère
- Du soulagement
- De la culpabilité
- Du doute
Tout en même temps.
Cette ambivalence fatigue. Parce que le lien n’est ni totalement mort, ni réellement vivant. Il flotte dans un entre-deux psychique.
Le cerveau peine à catégoriser la perte. Or, pour intégrer un événement, le psychisme a besoin de cohérence. Le deuil blanc, lui, reste flou.
Pourquoi c’est parfois plus difficile qu’un décès
Cela peut paraître choquant, mais certains patients décrivent le deuil blanc comme plus éprouvant qu’un deuil définitif.
Dans la mort, il y a une fin irréversible.
Dans le deuil blanc, il reste une possibilité.
Et tant qu’il reste une possibilité, l’espoir peut retarder l’acceptation.
On attend un appel.
Un changement.
Un geste.
On oscille entre distance et tentative de rapprochement.
Ce va-et-vient prolonge la souffrance.
Le travail psychique : accepter sans effacer
Faire un deuil blanc ne signifie pas effacer la personne.
Cela signifie accepter que le lien tel qu’on le désirait n’existera pas.
C’est renoncer à une version fantasmée de la relation.
Cela implique souvent :
- De travailler la culpabilité
- De reconnaître les blessures subies
- De redéfinir ses limites
- De se construire sans validation extérieure
C’est un travail d’autonomisation profonde.
Ce que le deuil blanc peut transformer
Lorsqu’il est traversé, le deuil blanc peut aussi devenir un pivot.
Il permet de sortir d’une attente interminable.
Il ouvre un espace pour se choisir.
Il brise parfois des schémas relationnels répétitifs.
Ce n’est pas un chemin confortable.
Mais il peut être libérateur.
Le deuil blanc est discret. Invisible. Souvent incompris.
Mais il est réel.
Et parfois, reconnaître qu’on est en train de faire le deuil d’un lien vivant est déjà la première étape pour retrouver une forme de paix intérieure.
https://youtu.be/2B9Y8DCGdms
Chaque situation est différente bien sûr, mais pour celles et ceux concernés, je recommande les nombreuses associations très au fait sur la question.
Mais cela met des mots pour formaliser pour formaliser mes maux.
merci pour la découverte
