Réflexion : Les écrans : problème… ou symptôme ?

Un article de Fantomas-2
Publié le 02/03/2026
Dans la section #Psychologie
Article public d'intéret général
28 visiteurs
25 points
4 participants
25 points POUR
0 point CONTRE
 
Conforme ou séditieux?

On accuse beaucoup les écrans ! Trop, peut-être.

Ils abrutiraient. Ils isoleraient. Ils voleraient l’enfance, casseraient la concentration, fabriqueraient des adolescents mutiques et des enfants incapables de soutenir un effort. Et c’est rassurant de le croire. Parce que si le problème est l’écran, alors la solution est simple : on coupe, on confisque, on limite, on contrôle. On agit. On a l’impression de reprendre la main.

Mais si l’écran n’était pas toujours le problème, mais plutôt le symptôme ?

Un écran ne crée pas une insécurité affective. Il ne fabrique pas à lui seul une solitude intérieure. Il ne génère pas un sentiment d’échec scolaire profond. Il s’installe là où quelque chose déborde ou là où quelque chose manque. Et il vient réguler. Mal, parfois. Excessivement, souvent. Mais il régule.

Quand un enfant passe des heures à jouer, il ne fuit pas seulement la réalité. Il peut fuir une tension diffuse à la maison. Il peut fuir le sentiment d’être “nul” en classe. Il peut fuir cette impression d’être toujours trop ou pas assez. Dans le jeu, il réussit. Il maîtrise. Il appartient. Il a une place claire. Il sait quoi faire et comment gagner. Dans un monde où tout lui paraît flou, c’est puissant.

Retirer l’écran sans chercher à comprendre ce qu’il apaise, c’est un peu comme enlever le thermomètre parce qu’on n’aime pas la température. On fait disparaître l’indicateur. Pas la fièvre.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas poser de cadre. Un enfant a besoin de limites. Un adolescent aussi. Le sommeil, la concentration, la vie sociale réelle sont des enjeux sérieux. Mais poser un cadre sans regarder le fond, c’est risquer de déplacer le problème ailleurs : plus d’irritabilité, plus d’opposition, plus de fermeture.

La question n’est peut-être pas seulement “combien d’heures ?”.
La question est : que vient combler cet écran ?

Est-ce qu’il remplit un vide relationnel ?
Est-ce qu’il compense une absence de valorisation ?
Est-ce qu’il anesthésie une anxiété que personne n’a encore nommée ?

Un enfant solidement sécurisé affectivement peut aimer les écrans sans s’y dissoudre. Il peut jouer, décrocher, revenir. Un enfant en fragilité, lui, peut s’y accrocher comme à une bouée. Ce n’est pas confortable à entendre. Parce que cela oblige les adultes à se regarder aussi. À interroger le climat familial. Le temps réellement partagé. La qualité du lien, au-delà de la gestion quotidienne.

Accuser l’écran est simple. Interroger le système l’est moins.

Les écrans ne sont ni des démons ni des sauveurs. Ce sont des amplificateurs. Ils grossissent ce qui est déjà là. Un manque devient plus visible. Une détresse devient plus silencieuse encore. Une solitude trouve un refuge lumineux.

Alors oui, il faut réguler. Oui, il faut encadrer. Mais avant d’éteindre, peut-être faut-il écouter.

Parce que parfois, derrière la lumière bleue, ce n’est pas une addiction qui parle, c’est un besoin qui n’a pas encore trouvé d’autre endroit pour exister.

3 commentaires
Un Intrus
()
Merci pour ce billet, je le trouve très juste.
Et c'est comme beaucoup de choses, dans l'éducation (mais aussi dans tout accompagnement humain) : comprendre les besoins qui se cachent derrière. Saisir tout l'enjeu, et ne pas seulement actionner pour s'apaiser soi.
Machin
()
Comme tu le dis, ainsi qu'Eden. Il faut trouver le juste milieu. Quand mon fils ne travaillait pas bien, je lui confisquais. J'ai croisé ce matin, un gamin fixant dans une poussette le portable de maman. J'en connais un qui regarde des nullités proposés en vidéo et qui joue tout le temps sur la tv. Sa soeur discute avec sa copine sur son portable, mais ne sait pas qu'en achetant quelque chose avec un billet, elle doit soustraire pour savoir ce qui lui reste en étant en 6ème. Ses parents en veulent à leur prof de math, mais à la base, ce sont eux. Durant les vacances, elle n'a fait que sortir et jouer. Il y a aussi une base éducative qui doit venir des parents.
Un témoin
()
merci pour ce très chouette article !
Perso étant ado, jouer à l'ordi c'était pour être dans ma bulle, pouvoir ne penser à rien d'autres qu'a jouer.
Puis c'était aussi fédérateur de jouer, tu pouvais discuter des jeux avec les condisciples de la classe.

J'ai eu un ordinateur très tôt dans mon enfance à la maison, j'ai aussi très vite compris que mes parents n'allaient pas forcément maitriser cela... D'ailleurs j'avais une totale liberté sur ce que je faisais sur le pc (ados, il était dans ma chambre)... Et je pouvais aisément caché à mes parents ce que je faisais dessus.

Pareil pour le gsm, j'ai eu un gsm très jeune, je l'avais gagné à la foire agricole de Libramont, bon là, c'était une brique. Un sonyecrisson l'antenne aussi grande que le gsm...

Mais heureusement il n'y avait pas que les écrans quand j'étais plus jeune. On s'amusait aussi pas mal dehors, vtt, etc...

L'époque était différente. Le non limit de l'internet, c'était pas ça...
(Vous n'avez pas (encore) les droits nécessaires pour répondre à cet article)
© 2003-2025 PaRaNo • Les CGU • Réseau Social Discret • Jour/Nuit