Le cout caché de l'art généré par IA – Point de vue de Brandon Sanderson

Un article de Fantomas-2
Publié le 11/02/2026
Dans la section #ART
Article public d'intéret général
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Conforme ou séditieux?

En décembre dernier, avait lieu la convention Dragonsteel Nexus. Si vous ne connaissez pas cette convention, il faudrait probablement un article entier pour lui rendre justice, alors disons simplement que les la convention dédiée à l’auteur Brandon Sanderson. Et ça tombe bien, puisque ce dont on va parler c’est le discours inaugural du gars Brandon sur son point de vue d’auteur entre l’art et l’IA.

Un mot d’abord sur l’auteur que vous ne connaissez peut-être pas.


Né en 1975 quelque part aux USA (j’ai la flemme de chercher =p), Sanderson est aujourd’hui un des auteurs de fantasy les plus prolifiques et populaires du genre. Il a publié son premier roman Elantris en 2005 et en a publié quelque chose comme 45 depuis (et je n’ai pas compté les BDs), dont la moitié faisant partie d’un univers commun qu’il a créé lui-même, le Cosmere. En 2007, il est choisi par la veuve de Robert Jordan pour terminer la série de roman La roue du temps, ce qui a probablement mis un énorme coup de boost à sa carrière.

Les particularités de son style (pas que littéraire), selon moi, sont qu’il a un rapport très transparent et fourni avec sa communauté, qu’il porte une attention toute particulière à la dimension santé mentale de ses personnages, et que ses systèmes de magie sont toujours exprimés dans un cadre logicien très strict qu’il arrive toujours à transmettre au lecteur.

Pour vous donner une idée de son succès, le jour où il est allé sur Kickstarter après le covid pour dire –« hé, j’ai déconné, pendant le covid j’ai écrit 4 livres, il y a personne d’assez fou pour les éditer en même temps, ça vous dit de faire du financement participatif pour qu’on le fasse entre nous? », il a juste explosé tous les records de la plateforme en levant la broutille de 41 Millions de dollars –soit plus du double de l’ancien record– auprès de plus de 185000 personnes. Et quand il organise sa Dragonsteel Nexxus convention, il y a plus de 10000 visiteurs qui se pointent.

Bon, j’arrête là pour la petite présentation de Brandon, on va croire que j’écris une propa 🌟STAR🌟 après !


Comme je vous disais donc, lors de cette convention, Brandon a fait son discours inaugural sur le rapport entre l’IA et l’art. Si jamais vous préférez voir le contenu original (près de 20 minutes en anglais) que mon résumé, suivez le lien ou lire la transcription sur le site de l’auteur =)

Pour les autres, c’est parti pour le résumé !

Sanderson commence par un point intéressant : de tout temps, les nouveaux usages ont été pointés du doigt comme nauséabonds et indignes de l’appellation d’art. Il cite les exemples de la prose, la photographie, le cinéma, ou encore les jeux vidéos qui ont tous été vilipendés mais dont aujourd’hui notre société admet sans sourciller qu’il s’agit bien là d’art (encore que, les jeux vidéos on n’y est peut être pas encore tout à fait). Il pose alors la question de savoir si sa viscérale rébellion contre l’art engendré par une IA générative n’est pas une simple nouvelle étape dans ce cycle.

Il va donc être question ici pour Sanderson d’analyser ses propres sentiments sur le sujet, d’un point de vue philosophique. Et qu’il va pour se faire, commencer par lister des objections classiques, mais qui méritent d’être sérieusement traitées.

Première objection : est-ce que c’est l’impact environnemental et économique qui lui déplaît? Et bien, même si le sujet l’inquiète, même si l’IA était vertueuse de ces deux points de vue, ses tripes lui disent qu’il n’aimerait quand même pas ça. Il faut donc passer à la seconde objection : est-ce l’idée de la machine qui remplace un humain qui est détestable ? Un petit détour par le mythe de John Henry nous apprend que dans beaucoup de cas, on préfère qu’une machine fasse le boulot à notre place. Donc ce n’est pas complètement ça. Cela dit, ses tripes lui disent qu’on se rapproche de la raison.

Avant d’être un auteur de fantasy, notre ami Brandon est un nerd assumé. Il va donc chercher des indices du côté de Star Trek, plus précisément dans Next Generation. Dans cette série, il y a un androïde répondant au nom de Data, dont l’un de ses arcs de personnage tient en l’exploration de de ce que signifie être un humain. Et l’un des thèmes qui revient d’épisode en épisode est justement ses essais répétés dans la création artistique. Et l’auteur de nous révéler que loin de détester Data, au contraire il était attaché à Data, une machine qui essayait de faire de l’art. Et, en écoutant Sanderson, je me souviens que moi aussi, j’aimais bien Data, alors que je partage l’aversion pour l’IA générative pour l’art. On touche donc à quelque chose.

Pourquoi diable être de tout cœur avec Data mais résolument contre un LLM ?

Après Star Trek, Oscar Wilde vient à la rescousse avec une citation : « On peut pardonner à un homme de fabriquer une chose utile tant qu’il ne l’admire pas. La seule excuse pour fabriquer une chose inutile est qu’on l’admire intensément. Tout art est parfaitement inutile. »

Et pour illustrer la citation, Brandon nous emmène alors dans le passé, aux premières loges de son processus créatif. Le premier livre qu’il a écrit, à 19 ans, n’était « not vey good ». Un espèce de plagiat de Dune, des Misérables et de la Roue du temps, nous dit-il. Mais ce qui importe c’est qu’il l’a écrit du début à la fin. Et puis il a écrit son deuxième livre, où il copie un peu moins les autres et son style personnel commence à émerger. Mais pas encore de quoi publier. Et ainsi de suite jusqu’à son sixième livre, qui deviendra Elantris, sa première publication et le moment où il se révéla comme auteur à part entière. Et c’est précisément là que la différence prépondérante se fait avec un LLM : peut-être qu’un jour un de ces modèle sera capable d’écrire un meilleur livre qu’un auteur reconnu, mais ce faisant il passera à côté d’un point fondamental de la création artistique, car le livre du LLM sera uniquement un produit.

Toute personne qui a écrit un livre, qui tient l’objet (manuscrit ou première copie) dans les mains, vit un indescriptible moment, juché quelque part entre la satisfaction, la fierté et le beau. C’est là que réside la différence entre Data et nos LLM. Data le faisait pour l’expérience, pas pour le produit fini. Data était un artiste, parce qu’il cherchait à progresser. L’art était pour lui le moyen de se transcender en ce qu’il cherchait à comprendre. Brandon nous avoue que tous les livres qu’il a écrit au début de sa carrière n’étaient pas non plus des produits commerciaux, mais le moyen de transformer l’amateur qu’il était en professionnel.

Et il pense que c’est pour cela qu’il se révolte autant contre les produits artistiques de l’IA : ils nous dérobent l’opportunité de progresser.

C’est pour cela que l’arrivée de l’IA ne peut pas juste être comparée à l’arrivée de la prose, la photographie ou le cinéma, rien de tout cela n’a effacé les formes d’art préexistantes, mais les machines à bel est bien remplacé les creuseurs de tunnels. Et on en revient à John Henry, qui s’il y a laissé la vie, a prouvé quelque chose d’essentiel sur l’esprit humain et l’abnégation. Et c’est ce qui permet à Sanderson d’affirmer que l’art ne réside pas seulement dans l’œuvre, mais dans l’artiste.

Dit autrement, le livre, la photo, le tableau sont, certes importants, mais in fine, ils ne sont qu’une once de l’art, des réceptacles, car le processus créatif fait des artistes la part la plus prépondérante de l’art. Quand vous créez, vous passez par des phases multiples, sommets et vallées de l’émotions et vous vivez intensément –enfin j’espère pour vous– les affres du processus. Vous ragez, désespérez, exultez, maudissez et subissez mille autres maux et merveilles.

Le LLM, lui, s’en fout. Il pourrait aussi bien écrire une liste de courses, tout ce qu’il cherche c’est à être utile. C’est pourquoi, même si la partie paraît mal engagée, il n’est pas dit que nous perdions la bataille de l’art face à l’IA, même si elle deviendra inévitablement plus compétente.

Parce que, l’art,au final, c’est chacun d’entre nous qui définit ce que c’est. L’art, comme nous le dit Oscar, ça n’est pas fondamentalement utile, et pourtant, on ne peut s’empêcher d’en faire. Parce que l’art, c’est une partie de nous.

Nous sommes l’art.

Voilà, en substance, ce que nous dit Brandon Sanderson, et je dois avouer que ça résonne assez avec ce que je ressens.


Et vous, chers artistes, qu’en pensez-vous ?

Vos œuvres sont-elles l’art en tant que fin en soi, ou ne sont-elles que le témoignage instantané et réceptacle de votre art au moment où vous créez, l’art étant principalement en vous?

1 commentaire
Machin
()
Tres tres tres (aller j'en rajoute un ) très intéressante lecture, avec un avis qui me parle en effet.

La comme ca je dirait que je comprend son point de vue
Mais que je ne de suis pas suffisamment intéressé aux concepts, situations, etc... pour avoir la prétention de donné un avis construit et constructif.

je vais suivre les commentaire de l'article et aller me mater la video en anglais (et peut etre même la partager au boulot tiens, ce genre de débat est très tendance dans nos organisation)

Mais si je prend un pas de recul, j'ai l'impression d'avoir mis le doigts sur une definition de ce que je vis/fait

Je ne suis pas un artiste, car je ne créé pas. Je me sert de l'ia pour produire du contenus (très occasionnellement hein) quand j'ai besoin d'illustrer un personnage, ou ce genre de petit truc
(si je n'ai pas trouvé au préalable un illustration déjà existante hein, refaire pour le plaisir de refaire, non merci)
Donc du coup je consomme et oui c'est un produit, pas de l'art

Bon je vais retrouver mes doliprane et continuer à laisser cela décanter
(Vous n'avez pas (encore) les droits nécessaires pour répondre à cet article)
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