🧳 Voyage en uchronie : Avis officiel sur le « Manuel de sabotage simple sur le terrain n°3 »
Quartier général de l’OSS,
2430 E Street NW,
Washington D.C
Le 17 Janvier 1944
À l’attention du rapporteur John Doe.
Objet : Avis sur le « Manuel de sabotage simple sur le terrain n°3 » à destination des territoires alliés occupés.
Monsieur le rapporteur Doe,
C’est avec la plus grande attention que nous avons étudié la nouvelle version proposée par vos services du manuel de sabotage émis par le service. Vous trouverez ci-après nos observations.
Tout d’abord, il nous faut féliciter l’aspect “recrutement caché” de la méthode. En donnant au “simple citoyen Monsieur tout le monde” le goût du sabotage, dans un contexte efficace tout en assurant sa sécurité dans un contexte d’occupation, l’on peut créer des vocations et supposer qu’une bonne partie des saboteur ainsi engagés seraient enclins à envisager des actions d’une plus grand envergure.
Il nous faut aussi saluer l’efficacité des méthodes proposées. Si un seul individu dans une organisation, administrative, logistique ou industrielle peut déjà engendrer des désagréments conséquents par l’application du manuel, plusieurs d’entre eux peuvent carrément gripper le système même s’ils ignorent chacun leur existence. À titre personnel, j’avoue avoir une admiration particulière pour la section «Interférer la production et l’organisation», et avoue avoir du mal à deviner quelle sabotage se révèlerait le plus efficace entre «perdez les documents essentiels», «appliquez tous les règlements à la lettre» et «maintenez les réunions quand la priorité est au travail».
Toutefois, après une analyse sociologique d’un tel type de sabotage, nous avons conclu qu’il y avait un fort risque de contamination des pratiques à des individus initialement non saboteurs. En effet d’une part les citoyens saboteurs ne révèlerons, sous toute vraisemblance, pas que leur nouvelle attitude relève du sabotage et d’autre part, ces comportements seront nécessairement saillants et donc ont statistiquement reproduits par des individus non conscients qu’ils pratiquent le sabotage. Si sur le court terme, cela a toutes les chances d’effectivement rendre inopérante les installations et organisations dont dépendent l’ennemi Allemand dans les territoires occupés, sur le long terme il y a un fort risque que les administrations de ce pays développent une culture de l’auto-sabotage que nous ne saurions infliger à nos alliés, la fin ne justifiant pas les moyens.
C’est pourquoi, nous ne validons pas le manuel et demandons la rédaction d’une nouvelle version.
Dans cette attente veuillez, Monsieur le rapporteur, recevoir l’assurance de mes salutations distinguées.
William J. Donovan Directeur
Après propos
Le lecteur attentif aura noté que ce texte se trouve sous la balise “Voyage en uchronie”, ce qui signifie qu’il traite d’évènements historiques qui auraient pu avoir lieu mais sont fictifs. Et bien pour la petite histoire, vous pourrez vérifier que William J. Donovan a bien été directeur de l’OSS (ancêtre de la CIA) et que, le 17 Janvier 1944 le manuel mentionné dans le texte a bien été publié.
Car oui l’uchronie n’est pas que nos alliés américains aient distribué le parfait manuel du saboteur qui aurait engendré une culture administrative excessivement pointilleuse. Non, l’uchronie c’est qu’ils aient eu la clairvoyance ou, au choix, le souci des conséquences d’une telle diffusion...
Le manuel en question en vo, déclassifié par la CIA en 2008 pour ceux que ça intéresse, et sa version française traduite par des chercheurs .
