📸 Instagram a-t-il changé notre manière de photographier ?
Depuis une quinzaine d’années, les réseaux sociaux et Instagram en tête ont profondément modifié notre rapport à la photographie. Ils ont changé la façon dont nous montrons nos images, mais aussi, plus subtilement, la façon dont nous les concevons, les préparons et parfois même les vivons.
La question mérite d’être posée :
👉 Instagram nous influence-t-il dans notre manière de photographier ?
En tant que photographe aux multiples facettes, il m’arrive de repérer des lieux — bâtiments, paysages, zones naturelles — que j’ai envie de photographier parce qu’ils me parlent, m’inspirent, résonnent avec ma sensibilité. Mais il m’arrive aussi, à l’inverse, de donner envie à d’autres de découvrir ces lieux à travers mes publications. Ce double mouvement — s’inspirer et inspirer — est au cœur de la photographie contemporaine.
Avant les réseaux, le partage était plus confidentiel
Avant Instagram, le partage d’images se faisait principalement via des forums spécialisés, des sites dédiés ou des cercles de passionnés. Il fallait connaître l’existence de ces espaces pour y accéder. La diffusion était plus lente, plus ciblée, et souvent plus contextualisée.
Aujourd’hui, tout est immédiat. Une photo publiée peut être vue en quelques minutes par des milliers de personnes. Cette démocratisation est une richesse indéniable, mais elle pose aussi question : à force de tout montrer, ne risque-t-on pas de perdre ce que l’on aime photographier ?
Quand les lieux deviennent des “spots”
Des endroits longtemps méconnus sont devenus de véritables autoroutes à touristes, parfois en grande partie à cause d’Instagram… mais pas uniquement. La presse, les guides, les articles sur les “petits paradis paisibles” participent aussi à ce phénomène.
Dans les Hautes Fagnes, par exemple, des lieux comme Noir Floy, autrefois discrets, sont aujourd’hui largement fréquentés. Même chose pour Mochamps et ses postes d’observation, notamment lors du brame du cerf.
Ces lieux n’ont pas changé. C’est le regard posé sur eux et leur exposition médiatique — qui les a transformés.
Cela pose une vraie question de responsabilité :
👉 Devons-nous, en tant que photographes, partager moins pour préserver ?
👉 Ou publier tout en gardant volontairement le secret sur les localisations ?
Il n’y a pas de réponse simple. Certains choisissent de ne plus géolocaliser. D’autres restent vagues. D’autres encore assument pleinement le partage, considérant que la nature et le patrimoine doivent être vus pour être respectés.
Être influencé… sans disparaître
Instagram n’influence pas seulement où nous photographions, mais aussi comment. Les tendances visuelles, les angles populaires, les traitements à la mode circulent vite. Et c’est normal : en photographie, presque tout a déjà été fait. Nous réinterprétons tous, consciemment ou non, des idées existantes.
Je pratique l’urbex, et il m’arrive d’être influencé par le travail d’autres photographes. Voir une prise de vue et se dire : “Tiens, cet angle fonctionne bien.” Mais l’enjeu n’est pas de copier. Il est de s’approprier, de passer l’image à travers son regard, son cadrage, sa retouche, sa sensibilité. C’est là que se crée la “patte”.
Instagram devient alors un outil :
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parfois source d’inspiration,
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parfois piège de la comparaison,
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parfois simple vitrine.
Finalement, le problème n’est peut-être pas Instagram
Instagram n’est ni bon ni mauvais en soi. Ce qui change, c’est notre rapport au regard des autres, à la reconnaissance, à la visibilité. Photographions-nous encore pour explorer, comprendre, ressentir… ou parfois pour correspondre à ce qui “fonctionne” ?
La vraie question n’est peut-être pas : Instagram a-t-il changé la photo ?
Mais plutôt : qu’est-ce que nous laissons Instagram changer en nous ?
Sinon quelques petites questions :
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Instagram influence-t-il votre manière de photographier, consciemment ou non ?
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Partagez-vous les lieux que vous photographiez, ou préférez-vous rester volontairement vague ?
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Avez-vous déjà renoncé à publier une photo pour préserver un endroit ?
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Vous inspirez-vous d’autres photographes… et où placez-vous la limite entre inspiration et imitation ?
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Photographiez-vous d’abord pour vous, ou pour le regard des autres ?
En revanche, sur Insta et son influence... Première digression (ouais, je sais même pas cadrer une réponse, c'est terrible), je méfierais du "Instagram n’est ni bon ni mauvais en soi" qui n'a l'air de rien comme ça quand de nombreux sociologues nous alertent sur les techniques de création d'addiction utilisées par Meta. Fin de la digression (par contre, je sais encadrer, z'avez vu?).
Je crois qu'on peut difficilement parler le photo et d'Instagram sans parler du rapport populaire, et non artistique de la photo. Je fait partie d'une génération qui a connu les soirée diapos du voyage de l'oncle Raymond à Mouilleron-le-Captif et je peux donc témoigner qu'on a pas attendu les réseaux parasociaux –deuxième digression, les réseaux ne sont sociaux que si vous connaissez les gens, sinon il sont parasociaux, et oui!– et ce même avant l'avènement du numérique. Je crois que c'est Bourdieu qui nous disait que selon que vous êtes un prolo, un parvenu ou un gros bourge/intello –c'est probablement pas sa classification exacte– vous ne prendrez pas les mêmes photos car l'attendu de votre classe sociale ne sera pas le même.
Du coup, le fait que maintenant on ait remplacé la soirée diapo par Instagram ou je ne sais quel flickr n'a fait, selon moi, que démocratiser –ou exacerber, choisissez votre poison– le besoin de preuve sociale par la photo.
Et je vous rajouterais bien des citations de gros bouges/intello du genre "Après la boussole de l'explorateur et le fusil du conquérant, l'appareil photographique marque l'avènement serein de la domination occidentale outre-mer" (Michel Pierre), mais là on dériverait sur le lien entre tourisme, colonisation et privilège de l'occicental qui en plus d'être pas loin du hors sujet, ferait quand même gars qui se la raconte –alors qu'en vrai, je viens juste de regarder un docu de Manon Brill sur le sujet !
Voilà , c'était ma contribution de profane de la photo, qu'il faut probablement recadrer.
