Quand le processus artistique déborde : ce que créer fait à nos vies

Un article de Fantomas-2
Publié le 24/01/2026
Dans la section #ART
Article public d'intéret général
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Conforme ou séditieux?

Il y a ceux qui « font de l’art » le dimanche, et il y a ceux pour qui créer devient un état — une sorte de chambre intérieure où l’on disparaît pendant des heures, des jours parfois. On pense qu’on va juste “faire un dessin”, “finir un texte”, “toucher deux notes”… puis le monde réel glisse comme un décor qu’on éteint. L’art n’est plus un passe-temps, c’est une translation totale : on bascule dans un couloir mental où l’idée devient plus vivante que le reste.

Déconnexion : bienvenue dans la bulle

Créer commence souvent par un micro-geste : ouvrir un carnet, allumer un logiciel, poser la main sur un instrument. Et puis quelque chose s’ouvre, littéralement. Le téléphone peut vibrer, les mails s’empiler, quelqu’un peut appeler depuis la cuisine — rien ne passe vraiment la frontière. La bulle est étanche.

Beaucoup d’artistes ont témoigné de cet état où l’on cesse presque d’être une personne pour devenir un tuyau. Frida Kahlo, clouée dans son lit, peignait pour survivre à son propre corps, et tout ce qui n’était pas la toile disparaissait. Virginia Woolf parlait de “la chambre intérieure” où elle allait pour écrire, un lieu où même les proches n’avaient pas vraiment accès. Dans ces moments-là, l’art vaut plus qu’une occupation : c’est un sas pressurisé où l’on respire mieux qu’ailleurs.

La tyrannie du “finir”

Quand une idée te tient, elle ne relâche jamais. Tant que ce n’est pas terminé, quelque chose reste en suspens dans la poitrine, comme une question qu’on n’a pas encore formulée. C’est là que la vie quotidienne commence à s’effriter. On repousse une sortie, on répond “j’arrive” alors qu’on sait très bien qu’on n’arrivera pas. On mange une tartine au-dessus du clavier. On dort mal, ou pas.

Certains peintres témoignaient de cette urgence presque animale à “aller au bout”. Francis Bacon parlait d’une façon de se battre contre la toile : tant que la forme n’était pas arrachée au chaos, il n’y avait pas de paix possible. Les musiciens connaissent ça par cœur : une mélodie qui s’impose, qui revient pendant la douche, le métro, la nuit, jusqu’à ce qu’elle soit enregistrée, fixée, libérée. L’idée commande. Le reste attend.

Créer comme transformer ce qui brûle

Ce qui pousse à créer n’est pas toujours noble : ça peut être une blessure, un manque, un trop-plein. L’art vient souvent comme une réponse improvisée, une manière de canaliser des émotions qui, autrement, se répandraient n’importe comment.

Louise Bourgeois sculptait pour dompter ses fantômes familiaux. Kurt Cobain écrivait pour ne pas exploser. Leonora Carrington peignait pour traverser la folie qui avait failli la dévorer.

Ce n’est pas pour le “beau”. Pas pour “l’œuvre”. C’est pour respirer autrement, pour remettre un peu d’ordre dans la maison intérieure. On crée parce que sinon, ça déborde.

La vie autour qui floute

C’est la partie que personne n’aime trop dire. Quand on crée, on n’est pas toujours très disponible. Parfois pas du tout. On oublie un anniversaire. On oublie d’acheter du lait. On oublie même qu’on a un corps. Les proches essayent de comprendre, certains y arrivent, d’autres non. Pour eux, on est juste “occupé”. Pour nous, on est ailleurs, dans un espace où les règles habituelles ne valent plus.

Ce n’est pas de la fuite. Ce n’est pas de l’égoïsme. C’est un déplacement temporaire vers un endroit qui demande toute la présence possible.

Terminer… et recommencer

Le paradoxe, c’est qu’une fois l’œuvre terminée, il n’y a jamais vraiment de repos. La bulle éclate, oui. On revient à la surface, on respire un grand coup, on paye les factures, on range un peu sa vie. Mais très vite, une autre idée s’installe. Plus discrète cette fois. Plus patiente. C’est le cycle normal : créer, finir, retomber, et sentir la prochaine vague arriver.

Les artistes célèbres l’ont dit chacun à leur manière :

Picasso : “Je ne cherche pas, je trouve.”

Patti Smith : “Quand je crée, je me retrouve.”

Marina Abramović : “L’art est une question de présence totale.”

Et tous pourraient ajouter : « …mais cette présence se paie en morceaux de vie. »

Raison de plus pour en parler ici

Créer, c’est vivre différemment. Et pour beaucoup, c’est la manière la plus honnête de tenir debout.

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