đ Profil : Folcoche
đ Synopsis
Si un jour je me suis vraiment intĂ©ressĂ©e aux biographies, câest bien Ă cause (ou grĂące) de cette autrice : Ămilie Lanez.
Bien sĂ»r, jâavais toujours aimĂ© le style biographique : voir que lâherbe nâest pas plus verte ailleurs, bien au contraire, a quelque chose dâassez rĂ©confortant lorsquâon se retourne sur sa propre vie, et de constater que "câest dur pour tout le monde" ; mais je nây portais pas le mĂȘme intĂ©rĂȘt quâaujourdâhui. Et un jour, je suis tombĂ©e sur "mĂȘme les politiques ont un pĂšre".
Le titre mâavait fait rire, et je lâai lu. Et jâai Ă©prouvĂ© Ă©normĂ©ment dâempathie pour des personnalitĂ©s que je nâapprĂ©ciais pas plus que ça et qui contrĂŽlaient mon quotidien.
Depuis, dĂšs que je vois une biographie (mĂȘme sur quelquâun que je nâaime pas du tout) jây vais !
đ EpitomĂ©
Tout le monde a lu VipĂšre au Poing, premier roman dâHervĂ© Bazin. Chacun se souvient du rĂ©cit poignant de son enfance martyre sous la fĂ©rule de sa mĂšre, la mĂ©chante Folcoche (« folle » et « cochonne »). Depuis 1948, le livre est conseillĂ© par les enseignants, lu par des gĂ©nĂ©rations de collĂ©giens : il sâest vendu Ă plus de cinq millions dâexemplaires, a Ă©tĂ© adaptĂ© deux fois au cinĂ©ma et vendu dans le monde entier. Roman dâapprentissage, cri de douleur dâun adolescent mal aimĂ©, il a trouvĂ© sa place dans notre patrimoine littĂ©raire et dans notre imaginaire collectif. On lit VipĂšre au poing pour aller vers lâĂąge adulte. Et câest ainsi quâil a permis Ă son auteur, HervĂ© Bazin, de briller sur le monde des lettres jusquâĂ devenir le prĂ©sident de lâacadĂ©mie Goncourt.
Voici pour la lĂ©gende. Car tout est faux. Tout. IntriguĂ©e par cette mĂšre haĂŻe de tous et comme un contre-modĂšle Ă lâadolescence en crise, Ămilie Lanez a enquĂȘtĂ© : exhumant les archives policiĂšres et les correspondances familiales, retrouvant des tĂ©moins de lâĂ©poque, elle nous livre une autre histoire, un contre-rĂ©cit vertigineux qui est lâhistoire dâun fĂ©minicide littĂ©raire. Avant dâĂȘtre un Ă©crivain cĂ©lĂšbre, lâauteur de VipĂšre au Poing fut un adolescent puis un jeune adulte menteur, qui fugue, vole sans discontinuer, escroque, menace... Poursuivi par la police, condamnĂ© par les tribunaux, privĂ© de ses droits, il est internĂ© en psychiatrie plusieurs fois et condamnĂ© Ă des annĂ©es de prison. Sa famille, notables de province, panique. Surtout sa mĂšre, Paule HervĂ©-Bazin. Avec maladresse, et rudesse, elle tente tout pour sauver son fils. Qui va la condamner au silence en faisant dâelle un monstre de papier : Folcoche.
Ă travers lâexploration des archives, Ămilie Lanez rĂ©vĂšle une famille dĂ©vastĂ©e par la littĂ©rature et comme figĂ©e pour lâĂ©ternitĂ©. Avec ses secrets, ses mensonges, son talent, ses hivers Ă la centrale de Clairvaux, puis sa gloire Ă©clatante, HervĂ© Bazin est un personnage de roman fascinant â qui lui est enfin offert ici. Une enquĂȘte hors du commun.
đšïž Un mot sur lâauteur
Ămilie Lanez est journaliste Ă lâExpress et au Point. On lui doit, entre autres, La garçonniĂšre de la RĂ©publique (Grasset, 60.000 ex vendus) et NoĂ«l Ă Chambord (Grasset).
đș Mon avis
En France, ce livre est au programme scolaire : VipĂšre au Poing, dâHervĂ© Bazin. Un classique quâon nous impose de lire et que peut-ĂȘtre vous avez lu !
Pour ceux qui ne connaissent pas, il sâagit dâun roman autobiographie paru en 1948, dans lequel lâauteur raconte son enfance et son adolescence, et surtout les rapports avec sa famille, notamment avec sa mĂšre qui le martyrise et quâil rebaptise « Folcoche » (la contraction de folle et cochonne), son pĂšre, qui nâest quâun lĂąche, et ses frĂšres...
Je lâai lu plusieurs fois : le style dâĂ©criture est plutĂŽt magnifique, HervĂ© Bazin a vraiment une belle plume. La derniĂšre fois que je lâai relu, câĂ©tait pendant le Confinement, et je mây suis replongĂ©e tout rĂ©cemment afin de me rafraĂźchir la mĂ©moire pour justement pouvoir commencer Ă lire Folcoche dâĂmilie Lanez qui dit que tout ne serait que falsification et mensonge.
Et en effet, lâautrice raconte quâen rĂ©alitĂ©, HervĂ© Bazin Ă©tait en rĂ©alitĂ© un escroc et un gros mytho, quâil a Ă©crit ce livre alors quâil sortait de prison (rien que ça) pour escroquerie, vol, faux et usage de faux (et plein dâautres dĂ©lits que jâoublie) et par esprit de vengeance : sa famille qui Ă©tait plutĂŽt aisĂ©e, totalement dĂ©munie face Ă son attitude, a dĂ©cidĂ© de le placer sous statut dâinterdit judiciaire pour quâil ne puisse pas hĂ©riter dâun kopek et surtout dilapider lâhĂ©ritage familial. HervĂ© Bazin sâĂ©tait donc vengĂ© en Ă©crivant « vipĂšre au poing » trois ans aprĂšs sa sortie de prison.
Alors oui, la lecture de ce livre rĂ©habilite quelque peu Folcoche, qui selon lâautrice nâest pas la marĂątre dĂ©crite par son fils.
Jâadmets que mon sentiment vis-Ă -vis dâHervĂ© Bazin a lui aussi changĂ© puisquâil mâapparaĂźt dĂ©sormais comme un bon gros connard (je nâĂ©prouvais pas de sympathie pour HervĂ© Bazin avant cela, mais plutĂŽt de lâempathie pour avoir vĂ©cu une enfance aussi compliquĂ©e) ; dĂ©sormais mon point de vue a changĂ©, mĂȘme si bien sĂ»r ses romans sont toujours superbement bien Ă©crits, je pense que je les relirai diffĂ©remment (si toutefois je les relis).
Je vous avoue quâĂ la lecture de la premiĂšre moitiĂ© du livre, jâĂ©tais un peu sur ma faim et ai Ă©tĂ© un poil déçue. Peut-ĂȘtre Ă©tait-ce le style dâĂ©criture, absolument sublime (de mon point de vue) qui attĂ©nuait les rĂ©vĂ©lations !
Puis, nâavais-je pas un certain parti pris, depuis toutes ces annĂ©es, au profit de ce trĂšs Ă©minent membre de lâAcadĂ©mie Goncourt ?
Par la suite, la seconde partie mâa fait changer dâavis, en lisant tout ce quâil avait fait alors quâil nâavait mĂȘme pas vingt-cinq ans.
Je ne regrette pas du tout ma lecture !
đ Citations
âïž VipĂšre au poing nâest pas un roman autobiographique, il est une vengeance, construite, mĂ»rie et efficace puisquâelle condamne depuis soixante-dix ans une famille au silence. Le plus cĂ©lĂšbre matricide littĂ©raire, qui, depuis sa parution, berne toutes les gĂ©nĂ©rations de lecteurs.
âïž Je pensais que ça allait ĂȘtre tirĂ© Ă 500 exemplaires. En fait, je lâai Ă©crit pour enquiquiner ma famille , donc il y a des allusions tout le temps. Elle a Ă©tĂ© trĂšs choquĂ©e, mais comme ce sont de bons bourgeois, ils se sont tus.
âïž ĂcrasĂ©s par la puissance de frappe du roman, tous se sont laissĂ©es tuer par leurs doubles fictionnels.
âïž Tandis quâelle agonise, celui-ci fait venir une Ă©quipe de reporters de Paris Match pour la photographie en noir et blanc, bouche dessĂ©chĂ©e entrouverte, dernier cheveux collĂ©s sur son crĂąne, mains crispĂ©es. Sur la double page, en costume, chevaliĂšre Ă lâauriculaire, regardant la bientĂŽt morte, lâĂ©crivain prend la pose.
âïž Il a fait le choix, mĂ»ri, calculateur, de se faire une place parmi les notables plutĂŽt que dâadmettre avoir Ă©tĂ© un escroc au culot monstre.
âïž Son pĂšre lâexpĂ©die au PrytanĂ©e militaire de la FlĂšche, lâidĂ©e est baroque pour un adolescent rĂ©tif Ă lâautoritĂ©, mais ainsi font les bourgeois dĂ©semparĂ©s.
âïž Chacun sait que les souvenirs tissent une matiĂšre instable, revisitĂ©e par la mĂ©moire afin de sâarranger un rĂ©cit supportable, ou convenable.
đ RĂ©fĂ©rences
Emilie Lanez 9782246840497 192 pages 01/10/2025
đ CatĂ©gories
RĂ©cit, enquĂȘte, essai
đ CrĂ©dits
Babelio
Wikipedia
VipÚre au poing un film que j'ai adoré regarder quand j'étais plus jeune.
