La place des parents dans la thérapie d’un enfant : alliés ou obstacles ?

Un article de Fantomas-2
Publié le 27/01/2026
Dans la section #Psychologie
Article public d'intéret général
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Conforme ou séditieux?

Lorsqu’un enfant débute une thérapie, ce n’est jamais un processus isolé. Sa souffrance, ses symptômes ou ses difficultés s’inscrivent toujours dans un environnement plus large : sa famille, son école, ses relations sociales. Dans cette dynamique, la place des parents est centrale. Ils sont les premiers concernés, parfois désemparés, parfois critiques, souvent inquiets. Mais sont-ils toujours des alliés du travail thérapeutique, ou peuvent-ils devenir, malgré eux, des freins à l’évolution de leur enfant ?

Un rôle incontournable dès le début du suivi

Dès les premières rencontres, les parents apportent un matériau essentiel. Ils racontent l’histoire de leur enfant : sa naissance, son développement, ses traits de caractère, mais aussi ses fragilités, ses comportements inhabituels ou les difficultés vécues dans le quotidien familial. Cette anamnèse partagée permet au thérapeute de comprendre le contexte et d’ancrer le travail dans la réalité.

L’enfant peut exprimer certaines choses en séance, mais il ne peut pas toujours rendre compte de ce qui se passe à la maison, à l’école ou dans les moments de crise. Les parents deviennent alors des observateurs privilégiés, permettant d’affiner la compréhension clinique. Leur regard n’est pas neutre — il est empreint d’émotions et d’attentes — mais il reste indispensable.

Guidance parentale : soutenir sans culpabiliser

Il est fréquent qu’au cours du suivi, le thérapeute propose des temps de guidance parentale. Loin d’être un jugement sur les compétences éducatives, cette guidance est une invitation à réfléchir ensemble sur la manière de soutenir l’enfant.

Cela peut passer par des conseils très concrets :

  • Comment réagir face à une crise d’opposition sans s’épuiser dans un rapport de force ?
  • Comment mettre en place un cadre sécurisant mais souple ?
  • Comment encourager les efforts plutôt que sanctionner uniquement les échecs ?

Pour certains parents, ce temps est vécu comme un soulagement : enfin des clés pour sortir de l’impasse. Pour d’autres, il peut réveiller une culpabilité latente, la crainte d’« avoir mal fait ». Le rôle du thérapeute est alors d’accompagner sans juger, de transformer la culpabilité en levier de changement, et de redonner confiance aux parents dans leurs compétences éducatives.

La co-construction du changement

Une thérapie d’enfant n’est jamais linéaire. Elle avance par petits pas, parfois suivis de reculs, et nécessite une grande cohérence entre les différents acteurs. C’est pourquoi on parle de co-construction.

  • L’enfant apporte ses émotions, ses ressentis, ses efforts.
  • Le thérapeute propose un cadre sécurisant et des outils adaptés.
  • Les parents prolongent ce travail dans le quotidien, par leurs attitudes et leurs ajustements.

Lorsque ce triangle est solide, l’enfant se sent soutenu de toutes parts. Mais si un des maillons se fragilise, les progrès peuvent stagner. Par exemple, un parent qui minimise les difficultés (« ce n’est pas si grave ») peut involontairement invalider les ressentis de l’enfant. À l’inverse, un parent qui dramatise (« il n’y arrivera jamais ») risque de renforcer son sentiment d’échec. Trouver un juste équilibre est donc un enjeu permanent.

Le deuil de l’enfant idéal

Un des aspects les plus sensibles de l’accompagnement réside dans ce que l’on appelle le deuil de l’enfant idéal. Chaque parent, consciemment ou non, construit une image de l’enfant qu’il aimerait avoir : studieux, sociable, facile à vivre, épanoui. Or, la réalité vient souvent bousculer cette projection.

Un trouble du comportement, une différence de fonctionnement, une fragilité psychique peuvent créer une fracture entre « l’enfant rêvé » et « l’enfant réel ». Ce décalage peut générer de la colère, de la tristesse, voire une forme de rejet subtil. Le travail thérapeutique aide alors les parents à reconnaître cette douleur, à accepter que leur enfant n’est pas celui qu’ils avaient imaginé, mais qu’il a sa propre trajectoire, tout aussi digne d’accompagnement et de reconnaissance.

Ce deuil n’est pas une résignation. C’est un pas vers l’acceptation, permettant de cesser de lutter contre ce qui est et de se tourner vers ce qui peut être construit ensemble.

Quand les parents deviennent malgré eux des obstacles

Il serait injuste de pointer les parents comme « responsables » des difficultés de leur enfant. Pourtant, certains fonctionnements parentaux peuvent freiner la thérapie :

  • La surprotection, qui empêche l’enfant d’expérimenter et de développer son autonomie.
  • La résistance au changement, quand un parent refuse de modifier ses propres habitudes.
  • La projection de ses propres blessures, qui conduit à mélanger ses souffrances d’adulte avec celles de l’enfant.

Ces obstacles ne sont pas des fautes, mais des réalités humaines. Le travail thérapeutique peut aussi devenir un espace où les parents prennent conscience de leurs propres fonctionnements, parfois en miroir de ceux de leur enfant.

Une aventure partagée

En définitive, les parents ne sont ni de simples spectateurs, ni de véritables obstacles. Leur place est bien plus subtile : celle d’alliés actifs, capables de soutenir, d’apprendre et parfois de se remettre en question. La thérapie de l’enfant devient alors une aventure familiale, où chacun est invité à grandir.

L’enfant apprend à mieux exprimer ses émotions, à se réguler, à trouver ses propres ressources. Les parents apprennent à lâcher certaines attentes, à renforcer d’autres postures, à accueillir leur enfant dans sa singularité. Et le thérapeute tisse le lien entre ces univers, pour que l’alliance soit possible.

Parce qu’accompagner un enfant, c’est toujours accompagner, d’une certaine manière, toute une famille.

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