Philo-Cupidon, je marie Nietzsche et Kropotkine đđ„
Je suis Philo-Cupidon. Et aujourdâhui, jâai dĂ©cidĂ© de marier Nietzsche et Kropotkine. đđ„
Oui, ensemble. Dans la mĂȘme piĂšce, sans arbitre, avec le son Ă fond et des paillettes plein les yeux. Tout le monde pense quâils se dĂ©testent. Moi, je dis quâils parlent de la mĂȘme Ă©nergie, mais pas au mĂȘme Ă©tage. Jâai sorti mes flĂšches, et je vais les rĂ©vĂ©ler lâun Ă lâautre. Spoiler : leur amour sera sexy.
Le casting (pour ceux qui nâont que les caricatures en tĂȘte) :
Dâun cĂŽtĂ©, Fritz Nietzsche. Grosse moustache, ego radioactif, allergique Ă la pitiĂ© dĂ©goulinante. On le caricature souvent en darwiniste de comptoir prĂȘt Ă Ă©craser les faibles. En vrai, ce quâil dĂ©teste, ce nâest pas dâaider, câest dâaider en rabaissant, et cette morale de la pitiĂ© qui transforme la faiblesse en valeur suprĂȘme. De lâautre, Piotr Kropotkine. Barbe de PĂšre NoĂ«l, cerveau de naturaliste anarchiste. On le caricature en doux rĂȘveur qui veut que tout le monde se fasse des cĂąlins autour dâun feu. Faux. Lâentraide, chez lui, ce nâest pas de la gentillesse molle, câest une stratĂ©gie Ă©volutive taillĂ©e dans le roc.
đ FlĂšche n°1 : Le flex de la gentillesse (lâentraide comme superpouvoir)
Fritz tape sur la pitiĂ© parce quâelle sent la rĂ©signation. Et lĂ , Piotr dĂ©barque avec sa bombe : on ne coopĂšre pas parce quâon est faibles. On coopĂšre parce quâon est tellement vivants que ça dĂ©borde ! Lâentraide, ce nâest pas un sacrifice de loser, câest lâinverse de la pitiĂ© qui Ă©crase : câest un giga-flex de vitalitĂ©. Tu aides ta meute parce que tu peux. Parce que tu es un rĂ©acteur nuclĂ©aire. Ce nâest plus "dominer" les autres, câest "amplifier" la rĂ©alitĂ© autour de toi. Bim. Fritz rougit sous sa moustache.
đ FlĂšche n°2 : Au revoir les moutons, bonjour la meute insolente
Nietzsche vomit le troupeau. Kropotkine dynamite lâautoritĂ©. Surprise : ils flirtent. Ce quâils refusent, ce nâest pas le collectif, câest la masse triste et obĂ©issante. Leur point G commun ? Le rĂ©seau affinitaire. Fini la garderie pour moutons terrorisĂ©s. On veut une cour de rĂ©crĂ©ation explosive remplie de loups libres, flamboyants, qui choisissent de sâassocier pour tout rĂ©nover et construire en mieux â en communes, en collectifs, en rĂ©seaux dâentraide qui nâobĂ©issent Ă personne. Pas de chef suprĂȘme, pas de bĂȘlement synchronisĂ©. Juste du chaos crĂ©ateur.
đ FlĂšche n°3 : La cantine et le trampoline (lâarchitecture du kif chanmax)
Câest ici que le mariage est consommĂ©, et câest magnifique :
Le Socle (La Cantine de Piotr) : On organise lâentraide matĂ©rielle avec une prĂ©cision militaire. Pas en mode Bisounours, ou plutĂŽt si : des Bisounours Ă Famas qui maĂźtrisent Excel et le dĂ©veloppĂ©-couchĂ©. Nourriture, logement, soins. Le filet de sĂ©curitĂ© est tendu Ă bloc. On explose lâangoisse de survie. Personne ne crĂšve la dalle.
Le Jeu (Le Trampoline de Fritz) : Maintenant que personne nâest Ă©crasĂ© par la peur⊠à NOUS DE JOUER ! Le champ est libre pour crĂ©er, risquer, inventer, se cramer les ailes avec style. On transforme le filet de Piotr en trampoline pour faire des triples saltos arriĂšre de volontĂ© de puissance.
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Conclusion du mariage :
La vraie vocation humaine, ce nâest ni lâĂ©crasement des autres, ni la soupe tiĂšde de lâĂ©galitĂ© molle. Câest de couler du bĂ©ton armĂ© de solidaritĂ© en bas, pour pouvoir vivre lâindividualisme le plus flamboyant et le kif le plus chanmax en haut.
Ils vĂ©curent heureux, et eurent beaucoup de petits anarchistes aristocratiques. đâš
"Votre amour, n'est qu'un ersatz, une superstructure du productiviste pas plus fringuante qu'une boute de mon-chéri sortie de l'usine une veille de Saint-Valentin"
*Puis, venant du comptoir de la cantine, George W. Hegel, habillé en serveur, vient présenter l'adition*
N'écoutez donc pas cet illuminé : votre amour à tout son sens. Tant qu'il se réalise à travers l'accomplissement ultime de l'esprit : l'état.
*Kropotkine s'étouffe. Freddy lui lance le regard le plus noir dont il est capable (un joli gris clair) et déclare*
"Dieu est mort, le pourboire aussi."
Une brigade d'Ă©conomistes dĂ©boule en rang serrĂ©, en criant en chĆur :
« Vive les mariĂ©s ! Vive l'Ătat ! »
Mariana Mazzucato pose une bouteille de champagne sur le comptoir :
« Sans Ătat entrepreneur, votre histoire d'amour n'a mĂȘme pas de Wi-Fi, pas de GPS pour trouver la Cantine, et pas de techno pour le Trampoline. »
Keynes dĂ©barque en smoking froissĂ©, l'air de quelqu'un qui revient d'une fĂȘte trop longue :
« Mes chĂ©ris, vous savez ce qui tue une fĂȘte ? Quand tout le monde dĂ©cide d'Ă©conomiser en mĂȘme temps. Le paradoxe de l'Ă©pargne, ça s'appelle. DĂ©pensez, creusez des trous, rebouchez-les, l'essentiel c'est que ça tourne. Ă long terme on est tous morts, alors autant danser. »
Aghion sort un PowerPoint de sa manche :
« Pas n'importe quel Ătat. Un smart state : Ă©ducation, recherche, DARPA du kif. Sinon vos petits anarchistes aristocratiques innovent dans leur garage⊠et y restent. »
Bernard Friot débarque avec son classeur de conventions collectives :
« Votre Cantine, c'est un début de salaire à vie. Du béton de droits, pas de la charité. On socialise la valeur, on débranche le marché du frigo, et vos anarchistes aristocratiques naissent avec carte de Cantine illimitée. »
Adam Smith, un peu pompette, se lÚve, rajuste sa veste, et va poser une main sur l'épaule de Nietzsche, l'autre sur celle de Kropotkine :
« On m'a vendu comme prophĂšte du laisser-faire. Calomnie. J'aimais les ponts, les Ă©coles, les garde-fous, et les hommes bien nourris qui peuvent enfin ĂȘtre libres. Votre Cantine ET votre Trampoline... c'est exactement ce que j'avais en tĂȘte. »
Il serre les deux mariés contre lui et murmure :
« Bienvenue à la maison. »
Toute la bande lĂšve les coupes :
« Vive les mariĂ©s ! Vive l'Ătat ! »
« Je vous demande de vous modérer ! »
*à la simple mention de modération, DiogÚne sort de son tonneau, dans lequel il n'y avait manifestement pas que de la pomme*
« Questioooooon !!! Qu'est-ce qu'il y connait, Ăpiccuuuuuureu Ă la modĂ©ration. Réééééponseu, RIEN. »
*Descartes n'y tenant plus se jette dans la discussion*
« Vous débattez de la modération, mais exsite-t-elle vraiment ? Permettez-moi d'en douter. Et je m'en vais d'ailleurs vous le démontrer en 42 étapes. »
*Seul dans son coin, JJ Rousseau soupire*
« C'était mieux avant. La cantine est bonne, mais la société l'a corrompue.»
*Il se lÚve alors et pour prouver que l'homme est intrinsÚquement bon, tente de démarrer un bagarre générale. Lionemmanuel Kant, se sentant responsable de tout, monte alors sur une table et s'exclame*
« J'assume pleinement la responsabilité de ces débordements et j'en tire les conclusions en me retirant de la vie de la cantine. »
Cela dit, en cas de dĂ©bordements oĂč la raison n'a plus droit de citer, je pense que Kant sortirait, oui ! Mais je suis prĂȘt Ă ĂȘtre convaincu du contraire =)
